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Pourquoi l’Allemagne est plus compétitive que la France

Berlin se classe 15e au rang mondial de la compétitivité quand Paris arrive en 21e position.

Berlin se classe 15e au rang mondial de la compétitivité quand Paris arrive en 21e position. - -

Le coût du travail en France et en Allemagne est quasiment identique. Pourtant, nos voisins d’outre-Rhin bénéficient d’une compétitivité bien supérieure. Face à ce constat, le Medef réclame une baisse des cotisations, Matignon n’est pas d’accord.

Relever le défi du redressement industriel : c'est la tâche que s'est fixée le président François Hollande. Mais sur les moyens concrets d'y parvenir, les avis sont partagés alors que le gouvernement doit annoncer des mesures début novembre. D'un côté, les grands patrons et certains économistes réclament un « choc de compétitivité » par une baisse rapide des coûts du travail. Ainsi, la présidente du Medef Laurence Parisot préconise 30 milliards de réduction des cotisations patronales et salariales sur deux à trois ans. Mais du côté de Matignon, on craint que ce scénario provoque un « choc récessif » en plombant la consommation. Car qui dit baisse des cotisations dit hausse des impôts (CSG ou TVA).

Les charges patronales inférieures en Allemagne

Selon le premier ministre Jean-Marc Ayrault, le coût du travail n'est pas « l'alpha et l'oméga » de la compétitivité. Preuve en est : le coût d'un salarié français est sensiblement le même que celui d'un salarié allemand (36 euros de l'heure). Pourtant, l'industrie allemande est plus compétitive que l'industrie française. Berlin se classe 15e au rang mondial de la compétitivité quand Paris arrive en 21e position. Si le coût du travail est quasiment identique, la part des charges patronales en Allemagne a été considérablement réduite en 10 ans, tandis qu'en France, elle a augmenté. Conséquences : l'Allemagne a pu créer davantage d'emplois tout en produisant à un coût équivalent.

« Deutsche Qualität »

Ensuite, il y a la qualité et le savoir-faire allemand. L'industrie outre-Rhin bénéfice d'une image de marque qui lui a permis de continuer à vendre malgré des prix plus élevés. Pour rivaliser et rester compétitive, les entreprises françaises n'ont pas eu d'autres choix que de réduire leur marge. Et donc leurs investissements dans l'innovation et la recherche. En 2011, la France a ainsi déposé 3 fois moins de brevets que l'Allemagne.

« Investir dans la recherche »

« Quand la compétitivité était mauvaise en Allemagne dans les années 2000, explique Franck Baasner, directeur de l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg, on a baissé les coûts des charges patronales. Cela a augmenté la possibilité de produire à un coût compétitif. Nous avons des entreprises très compétitives même si le produit est cher car il y a très peu d’entreprises qui peuvent fournir ce produit. Il faut investir systématiquement dans la recherche. L’Allemagne a fait des efforts considérables depuis de nombreuses années pour favoriser une offre en produit compétitif à travers le marché mondial ».

« Des marges supérieures aux marges françaises »

« Les produits allemands bénéficient d’une meilleure image et d’une qualité supérieure à la France, assure Eric Heyer est directeur adjoint sur département Analyse et Prévisions à l'Office Français des Conjonctures Economiques (OFCE). Et donc le fait que des produits de meilleures qualités soient vendus avec des coûts identiques leur permet de préserver des marges. Et ces marges supérieures aux marges françaises leur permet d’investir dans de la recherche, dans de l’innovation. Ils bénéficient par conséquent d’une compétitivité indéniable et gagnent des parts de marchés partout dans le monde ».

T. de Dieuleveult avec A.Rosique