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Portugal: vers un nouveau Chypre?

Pedro Passos Coelho, ici à Marseille en 2011, doit s'efforcer de maintenir le cap de la rigueur, s'il veut que son pays bénéficie de la clémence bruxelloise

Pedro Passos Coelho, ici à Marseille en 2011, doit s'efforcer de maintenir le cap de la rigueur, s'il veut que son pays bénéficie de la clémence bruxelloise - -

La Cour constitutionnel portugaise a invalidé, le 5 avril, certaines mesures du plan d'austérité imposé par l'Union européenne. Mais dimanche 7 avril, Bruxelles a rappelé à l'ordre Lisbonne: si le Portugal s'écarte de ses objectifs, il ne bénéficiera pas de conditions favorables pour son plan d'aide.

Après les parlementaires chypriotes, la Cour constitutionnelle portugaise dit "non" à des mesures imposées par l'Union européenne. Vendredi 5 avril, les sages portugais ont invalidé une partie des mesures contenues dans le plan d'austérité.

Plus précisément, la Cour constitutionnelle a rejeté la suppression des quatorzième mois de salaires versés aux fonctionnaires, et de pensions versés aux retraités, de même qu'une réduction des allocations chômage et maladie. Des dispositions sur lesquelles l'exécutif portugais et l'Union européenne s'étaient mis d'accord.

Cet épisode inquiète aujourd'hui les marchés: la dette portugaise a ainsi vu ses taux s'envoler, ce lundi 8 avril. Les obligations portugaises à 10 ans s'échangeaient ainsi à 6,61%, peu après l'ouverture des bourses européennes, contre 6,43%, vendredi 5 avril.

La menace de Bruxelles

En prenant cette décision, la Cour constitutionnelle prive le Portugal de 900 millions à 1,3 milliard d'euros d'économies, selon différentes estimations citées par les agences de presse. Du coup, elle met dos au mur le Premier ministre, Pedro Passos Coelho, issu du parti social-démocrate (centre-droit, le même parti que José Manuel Barros), qui doit mener à bien un vaste programme de consolidation budgétaire: 4 milliards d'euros de dépenses publiques doivent ainsi être économisées d'ici à 2015.

Mais, avec ce camouflet, ce dernier va devoir trouver d'autres leviers pour mener à bien sa mission. Une tâche d'autant plus compliquée que Pedro Passos Coelho est pris entre le marteau et l'enclume. Le dirigeant portugais est vivement critiqué pour sa politique d'austérité alors que, dans le même temps, la Commission européenne menace.

Car, même si la situation du Portugal est bien différente de celle de Chypre, dans les deux cas Bruxelles tente d'imposer ses vues face à un rejet de sa politique d'austérité.

Dimanche soir, la Commission européenne s'est ainsi fendue d'un communiqué pour le moins explicite: si le Portugal s'écarte de ses objectifs budgétaires cela "neutralisera les efforts déjà accomplis". Surtout, elle pourrait remettre en cause le coup de pouce de Bruxelles. Ainsi, si Lisbonne relâche les efforts, "le rallongement de la durée des prêts de l'assistance financière accordée au Portugal" pourrait ne plus être à l'ordre du jour, écrit la Commission.

Un assouplissement budgétaire déjà accordé

Le Portugal, comme l'Irlande, souhaite une extension au-delà de 2022 des échéances des prêts d'urgence accordés par l'Union européenne afin d'assouplir ses besoins de financement. Les ministres des Finances européens doivent d'ailleurs décider des détails de cette extension vendredi 12 avril. Ils devraient également, lors de ce rendez-vous, revenir sur le plan de sauvetage chypriote.

Lors du dernier sommet européen du 15 mars, le Portugal avait déjà bénéficié d'un délai pour assainir ses déficits publics. Le nouveau cadrage budgétaire prévoit ainsi que Lisbonne arrive à un déficit de 5,5% du PIB en 2013 contre 4,5% auparavant.

Julien Marion avec AFP