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"Nous avons créé une société de l'égalité injuste", juge Denis Olivennes (CMI France)

L'ancien patron de Lagardère Active - qui travaille désormais pour l’homme d’affaires et milliardaire tchèque Daniel Kretinsky - vient de publier un ouvrage dans lequel il se demande si la France ne serait pas, en fin de compte, "devenue une gigantesque association de détestation mutuelle".

Dans son dernier ouvrage paru le 11 septembre dernier "Le Délicieux malheur français" (éditions Albin Michel), l'ancien patron de Lagardère Active Denis Olivennes pointe du doigt les paradoxes et les errements du système social et économique tricolore. Invité sur le plateau de Good Morning Business ce mercredi 18 septembre, l’ambassadeur parisien de Daniel Kretinsky et président du Conseil de surveillance de CMI France (filiale pour les investissements dans les médias français du milliardaire tchèque) a souhaité revenir sur cette grande dichotomie avec laquelle la France se doit, selon lui, de composer aujourd'hui.

"Il y a bien quelque chose de pourri au royaume de France pour qu'avec une telle richesse collective nous fabriquions une telle détresse individuelle", pointe Denis Olivennes. "C'est parti de quoi? C'est parti du fait que - on l'a vu avec les gilets jaunes - on a l'impression que la France est en train de devenir une gigantesque association de détestation mutuelle", détaille le patron de CMI France.

Et de poursuivre: "Pourtant, on est un pays riche statistiquement. On est un des pays les plus généreux du monde. Donc d'où vient ce contraste? Comment se fait-il que nous ayons - pour le dire d'une formule - les dépenses sociales du Danemark et le bonheur du Mexique? (…) Est-ce parce que l'on est des râleurs, des Gaulois réfractaires? Est-ce que c'est un problème culturel? Non. Mon hypothèse, que j'essaie de démontrer, c'est qu'en fait, notre sujet, c'est notre modèle. Le fameux modèle français que nous avons créé en 1945, enrichi depuis, que nous adorons, que nous ne voulons pas réformer. Et c'est pourtant ce modèle qui, paradoxalement, auquel nous sommes très attachés, c'est ce modèle qui nous cause du mal".

Un "étrange paradoxe"

Pour étayer son propos, l'ancien patron de Lagardère Active précise qu'il ne s'agit pas, par exemple, de revoir à la baisse les prestations sociales en France parce qu'il y en aurait trop. "Non". Selon lui, ce ne serait pas tant l'art mais davantage la manière qui poserait problème. "Je dis que nous le faisons mal. Nous avons réussi à faire une chose inouïe. On pourrait en déposer le brevet mondial. Nous avons créé une société de l'égalité injuste. A la fois le plus haut niveau de dépenses sociales et d'impôts et de dépenses publiques du monde. Et de l'autre côté, chacun d'entre nous considère qu'il est moins bien traité que son voisin et ça créé entre nous de la défiance, de la méfiance, de la violence", assure-t-il.

D'où la publication de cet ouvrage pour mettre en exergue le fait que, selon lui, l'Hexagone est aujourd'hui confronté à "un étrange paradoxe" avec d'un côté, une France qui se porte bien, de l'autre des Français qui "vivent mal".

JCH