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Fermer des centrales nucléaires, un lourd handicap pour la lutte contre le réchauffement climatique

Dotée de deux réacteurs nucléaires, la centrale EDF de Fessenheim en Alsace doit fermer en 2020.

Dotée de deux réacteurs nucléaires, la centrale EDF de Fessenheim en Alsace doit fermer en 2020. - Frederick Florin-AFP

L'avenir incertain du parc mondial de centrales nucléaires compliquera la transition énergétique, selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie, qui milite pour la prolongation de leur durée de vie. L'arrêt de nombre de sites nucléaires exigerait un essor à marche forcée des énergies renouvelables durant les 20 prochaines années.

Le déclin potentiel de l'industrie nucléaire n'est pas forcément une bonne nouvelle pour l'avenir de la transition énergétique. Un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), une agence autonome de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), s'alarme de l’avenir incertain de l'énergie nucléaire dans les pays développés -y compris les États-Unis, le Canada, l'Union européenne et le Japon- alors qu'elle est pour eux la plus grande source d'électricité à faible émission de carbone depuis plus de 30 ans.

Aux États-Unis, environ 90 réacteurs ont des licences d'exploitation valables pour 60 ans, mais plusieurs d'entre eux ont déjà pris leur retraite anticipée et beaucoup d'autres sont menacées de fermeture. Même la France a récemment planifié l'arrêt définitif d'une partie de son parc de 58 réacteurs. Dans le cadre de la "programmation pluriannuelle de l'énergie" (PPE), Emmanuel Macron avait indiqué fin 2018 que 14 réacteurs nucléaires de 900 MW seraient fermés d'ici 2035 en France. 

En outre, les nouveaux projets d'EPR prévus en Finlande et en France ne sont pas encore en service et font face à des dépassements de coûts de construction importants, constate le document publié lors de la 10ème Conférence ministérielle sur l’énergie propre qui s'est tenue du 27 au 29 mai à Vancouver, au Canada.

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- © Source : "Nuclear Power in a clean energy system". Agence internationale de l'énergie.

"Sans changement de politique, les économies avancées pourraient perdre 25% de leur capacité nucléaire d'ici 2025 et même les deux tiers d'ici 2040" selon ce document (cf infographie ci-dessus). Or, "sans une contribution importante de l’énergie nucléaire, la transition énergétique mondiale sera d'autant plus difficile" selon Fatih Birol, directeur exécutif de l'AIE.

Selon ses estimations, l'absence de prolongation supplémentaire de la durée de vie des centrales nucléaires existantes et des nouveaux projets de construction pourrait générer 4 milliards de tonnes supplémentaires d'émissions de CO2. Car les pays concernés auraient alors davantage recours à des sources d'énergie plus émettrices de gaz à effet de serre pour satisfaire la demande d'électricité (60% de l'énergie non produite par le nucléaire serait alors compensée par le charbon et le gaz naturel en 2040 dans ce scénario), comme le montre l'infographie ci-dessous.

Tout en militant pour la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires existantes, le rapport de l'AIE reconnaît que ce scénario nécessite des investissements importants même si "le coût de production de cette énergie reste concurrentiel par rapport aux autres technologies de production d'électricité, y compris les nouveaux projets solaires et éoliens."

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- © Source : "Nuclear Power in a clean energy system". Agence internationale de l'énergie.

Si rien n'est fait pour freiner le déclin du parc nucléaire mondial, le déploiement d'éoliennes et de panneaux solaires photovoltaïques devra faire l'objet d'une accélération sans précédent, pour combler le déficit nucléaire. "Au cours des 20 dernières années, la capacité éolienne et solaire photovoltaïque a augmenté d’environ 580 gigawatts dans les économies avancées. Mais au cours des 20 prochaines années, il faudra multiplier par cinq ce montant pour faire face à la demande croissante d'électricité avec des investissements supplémentaires gigantesques de 1600 milliards de dollars US (1430 milliards d'euros) au cours de la même période.

"Environ 150.000 éoliennes sont installées aux États-Unis et un nombre similaire est prévu en Europe jusqu'en 2040. Étant donné que la production annuelle d'un réacteur nucléaire d'1 GW est égale à celle, cumulée, d'environ 2000 éoliennes, il faudrait en construire 400.000 de plus dans tous les pays développés, pour faire face au scénario du déclin de l'énergie nucléaire prévoyant la perte de deux tiers des capacité de production en 2040" explique le rapport qui émet des réserves sur l'acceptation sociale et politique des populations vivant au voisinage de ces sites vis-à-vis d'un tel essor.

En outre, "ce scénario de développement à marche forcée des énergies renouvelables risquerait de nuire aux consommateurs en raison du renchérissement qu'il induirait sur la facture d'électricité" conclut le rapport de l'AIE.

Frédéric Bergé