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Macron et les 35h : une histoire mouvementée

Pierre Gattaz et Emmanuel Macron, en août 2015, à l'Université d'été du Medef.

Pierre Gattaz et Emmanuel Macron, en août 2015, à l'Université d'été du Medef. - ERIC PIERMONT / AFP

Il faut travailler plus. C’est un des principaux messages qu’Emmanuel Macron était censé adresser aux Français lundi soir, juste avant que l’incendie de Notre Dame de Paris ne chamboule son agenda. Un des leviers pour travailler plus, c’est de toucher aux 35h. Avant d’être élu, le chef de l’Etat a d’ailleurs souvent bousculé ce totem des 35h.

« La meilleure méthode, pour répondre au besoin de justice fiscale, ce n'est pas d'augmenter les impôts de tels ou tels mais plutôt de baisser les impôts des classes moyennes ». Cette phrase d'Emmanuel Macron, vous auriez dû l'entendre lundi soir. Le président, fidèle à sa conception des choses, aurait aussi dû ajouter que pour financer cette baisse d'impôt, il faudrait notamment travailler plus.

Car avant d’être élu, Emmanuel Macron a toujours défendu l’idée qu’il fallait travailler plus. En août 2015, alors ministre de l’Economie, il met les pieds dans le plat à l’université d’été du Medef : « La gauche a pu croire à un moment que la politique se faisait sans les entreprises, que la France pourrait aller mieux en travaillant moins. C’était une fausse idée », explique-t-il, sous les tonnerres d’applaudissements du patronat. Avant de rajouter : « Le travail il en faut plus, pas moins (…). C’est le plus beau combat de la gauche, car le travail, c’est le moteur de l’émancipation individuelle ». Déjà en 2015, donc, il développe ce qui allait devenir une des principales valeurs de son projet présidentiel : l’émancipation par le travail.

« Les négociations en entreprises signent de facto la fin des 35h »

A l’époque, cette sortie devant le Medef provoque une bronca à gauche, forçant le Premier Ministre Manuel Valls à recadrer son jeune ministre.

Mais Emmanuel Macron va continuer à défendre sa position. A Davos en janvier 2016, il sème à nouveau la zizanie au sein de la majorité. Il estime que les nouvelles règles de négociations en entreprise « signent de facto la fin des 35h ». Il rectifie ensuite le tir, précisant qu’il ne faut pas supprimer la durée légale mais assouplir les règles qui l’entourent. « Il faut améliorer la règle des 35h pour la rendre plus flexible et plus compétitive… Il faut ouvrir de la souplesse pour permettre à l’accord de décider. Il faut plus de pouvoir a ceux qui négocient », développe-t-il alors dans la station des Grisons.

Emmanuel Macron à l’origine des « accords offensifs »

Sous le quinquennat de François Hollande, Emmanuel Macron n’aura de cesse de défendre le principe des accords dits "offensifs". Ces accords permettent à l’employeur de faire travailler davantage les salariés, sans les payer plus, pour être plus compétitif.

Un principe qui sera traduit dans la loi El Khomri au printemps 2016. Mais ces accords « de maintien dans l’emploi » sont encore assez rigides. Emmanuel Macron va les assouplir un an plus tard à travers les ordonnances Travail votées au début de son mandat, et permettre ainsi aux entreprises de moduler plus facilement la rémunération et le temps de travail.

Moduler le temps de travail en fonction de l’âge

Le chef de l’Etat a ainsi toujours défendu plus de flexibilité dans l’organisation du temps de travail.

En novembre 2016, il soutient l’idée de moduler le temps de travail en fonction de l’âge. « On peut imaginer que les branches professionnelles négocient une possibilité pour les salariés qui le souhaiteraient de travailler moins à partir de 50, 55 ans : 30, 32 heures pourquoi pas ? En revanche, quand on est jeune, 35h, ce n’est pas long…ce n’est pas assez. On veut travailler plus, on veut apprendre son job », explique-t-il dans une interview à l’Obs. Une idée qui, une fois de plus, suscite la polémique, et qu’il ne retiendra pas dans son projet présidentiel.

Aujourd’hui donc, à l’issue du grand débat national, Emmanuel Macron revient sur ce principe qu’il a toujours défendu : travailler plus.

« On n’a pas le choix », rebondit-on à Bercy, où l’on rappelle qu’en France on travaille moins longtemps que la moyenne européenne (entrée plus tardive dans la vie active, départ plus tôt à la retraite, plus de jours de congés). Pour un proche de Bruno Le Maire, « il ne faut pas pointer du doigt une catégorie de Français. Mais le constat, c’est qu’il n’y a pas assez d’heures travaillées au global en France ».