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Loi alimentation: le gouvernement tente de rassurer les agriculteurs

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- - MYCHELE DANIAU / AFP

Une ordonnance de la loi Alimentation sera finalement examinée mercredi 12 décembre en Conseil des ministres, pour désamorcer les manifestations prévues la semaine prochaine

Cette annonce intervient à trois jours d'un mouvement de protestation du monde paysan. Le ministère de l'Agriculture a annoncé ce vendredi l'examen d'une ordonnance de la loi Alimentation, un examen initialement prévu cette semaine mais finalement repoussé in extrémis en raison du mouvement des "gilets jaunes".

La FNSEA et les jeunes agriculteurs sont satisfaits. Les deux syndicats se félicitent de «la prise de conscience et de responsabilité du gouvernement». Ils saluent «une avancée importante dans la mise en oeuvre des Etats généraux de l'alimentation». Il n'empêche, leur mouvement de contestation est maintenu. Les agriculteurs vont exprimer leur mécontentement pendant une semaine à compter de lundi pour faire pression sur le gouvernement. Ils demandent la mise en œuvre des ordonnances de la loi Alimentation et protestent contre «l'agri-bashing».

«Tout au long de la semaine, nous porterons la voix des agriculteurs auprès de nos parlementaires et de nos préfets, afin qu'ils mesurent l'urgence de donner du temps et des moyens à la transition écologique de l'agriculture qui mérite d'autres moyens que la fiscalité punitive», indique la FNSEA dans un communiqué.

L'objectif de cette ordonnance est clair: améliorer les revenus des agriculteurs. Le texte met en oeuvre les compromis issus des Etats généraux de l'alimentation entre les producteurs, l'industrie agroalimentaire qui transforme les produits bruts, et les distributeurs. Des Etats généraux convoqués après l'élection du président Emmanuel Macron, notamment pour tenter de répondre au malaise des paysans qui ne parviennent pas à tirer de bénéfices de leur travail. Le texte vise à rééquilibrer les relations commerciales entre agriculteurs, transformateurs et distributeurs, et à mettre fin à une guerre de prix.

Les promotions plus encadrées

Ainsi, l'ordonnance prévoit l'interdiction des promotions du type «Un produit acheté, un gratuit» dans le secteur alimentaire. Une astuce très utilisée dans le cadre de la guerre des prix de la grande distribution. A partir du 1er janvier 2019, il faudra au moins acheter l'équivalent de deux produits pour pouvoir bénéficier d'un gratuit. De plus, les distributeurs ne pourront appliquer ce type de promotion que sur 25% du volume annuel acheté du produit, pour tous les contrats négociés avec leurs fournisseurs depuis le 1er décembre 2018.

Par ailleurs, les distributeurs alimentaires seront tenus à partir du 1er février 2019 de revendre les produits au moins 10% de plus qu'ils les ont achetés. Le principe est de redonner plus de marges aux distributeurs en relevant les prix d'environ 1.500 produits de grandes marques les plus consommés. Cela doit permettre aux distributeurs de retrouver de la souplesse sur ces produits et ainsi par ricochet, de leur permettre d'acheter plus cher les produits agricoles.

La grande distribution se montre toutefois sceptique. «Je ne crois pas au miracle du ruissellement spontané dans la poche des agriculteurs », assure le président d’Intermarché, Thierry Cotillard. Même son de cloche du coté de Lidl et de Leclerc. Pour Michel-Edouard Leclerc, ce système risque surtout de faire gonfler les prix et de nuire au pouvoir d'achat des français.

Sandrine Serais