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Les experts relativisent la perte du triple A

La dégradation de Moody's ne devrait impacter trop lourdement les finances publiques françaises selon les experts

La dégradation de Moody's ne devrait impacter trop lourdement les finances publiques françaises selon les experts - -

Les spécialistes des marchés sont unanimes: la sanction de l’agence de notation Moody's ne devrait avoir que des impacts modérés sur le financement de la dette française.

Moody’s a donc, à son tour, privé la France du fameux triple A. Si les experts interviewés dans l’émission Good Morning Business de BFM Business, reconnaissent que la France n’est plus considérée comme un membre du club très select des meilleurs emprunteurs au monde, tous relativisent cependant la décision de l’agence de notation américaine, un peu à l'instar du ministre des Finances, Pierre Moscovici.

> Christian Parisot, chef économiste chez Aurel BGC, précise ainsi que les coûts d’emprunt de la France sur sa dette "resteront à des taux bas car la conjoncture de marché est telle que la dette française reste attractive".

"En valeur relative, la France va payer plus cher, car elle n’est plus considérée comme un pays triple A. Mais cela ne veut pas dire qu’il y aura une explosion des taux".

L’économiste rappelle que Moody’s a sanctionné "un ensemble de facteurs structurels qui sont propres à la France, et conjoncturels. Moody’s ne met pas un élément plus qu’un autre en avant".

> Pour Philippe Mimran de la Financière AM, après cette dégradation, les investisseurs institutionnels pourraient revoir leurs placements sur la dette française car ils ont des "règles très strictes". Mais il table sur un impact "modéré, qui se fera dans au fil du temps".

Par ailleurs, il n’exclut pas que ces mêmes investisseurs "revoient leurs règles, car il n’y a plus énormément de pays notés triple A".

Il explique enfin que la dégradation de la France peut se solder par un écart entre les coûts d’emprunts entre l’Hexagone et l’Allemagne. Seulement, plutôt qu’une hausse des taux français, cet écart pourrait se traduire par une baisse des taux allemands. "Les investisseurs se poseront alors des questions aux investisseurs qui ne seront plus forcément "prêts à perdre de l’argent pour prêter".

> Jean-Paul Betbèze, chef économiste au Crédit Agricole CIB pense, lui, que Moody’s met la pression sur la France tout en guettant des efforts qui pourraient lui plaire.

"Cette décision était attendue. En même temps le gouvernement a récemment pris des mesures. C’est le cas du pacte de compétitivité". Il souligne aussi le fait que, lors de sa conférence de presse, François Hollande a sous-entendu des futures réductions des dépenses. "Au fond c’est ce que veut Moody‘s: des réductions structurelles de déficit et de dépenses publiques. Pour lui Moody’s fait ainsi part de ses attentes".

Julien Marion