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Le PIB de la France a baissé au 4e trimestre, une première depuis 2016

Mauvaise surprise: sur les trois derniers mois de l'année, le PIB a baissé dans l'Hexagone de 0,1% notamment sous l'effet des grèves. La croissance sur l'année s'est ainsi limitée à 1,2% contre 1,7% en 2018.

C'est une mauvaise nouvelle et une surprise. Selon la première estimation de l'Insee, le Produit intérieur brut (PIB) français s'est contracté de 0,1% au quatrième trimestre de 2019 (contre +0,3% trois mois plus tôt), une première depuis le 2e trimestre 2016, dans le contexte des grèves contre la réforme des retraites.

Le consensus et la Banque de France tablaient encore récemment sur +0,2%. L'institution estimait que le mouvement de protestation ne coûterait au plus que 0,1 point de croissance sur la fin de l'année, les chiffres publiés vendredi montrent qu'il a bien plus fortement handicapé l'activité.

Ce ralentissement de fin d'année "ne remet pas en cause les fondamentaux" qui restent "solides" s'est empressé de commenter Bruno Le Maire, ministre de l'Economie insistant sur le fait que "la consommation des ménages et les investissements des entreprises résistent".

"On ne s'attendait pas à un impact de cette ampleur", a commenté Mathieu Plane, économiste à l'OFCE. "Il y a eu un mouvement très ciblé, en particulier sur l'industrie, de destockage massif. (...) En décembre les chaines de production ont tourné au ralenti", détaille-t-il.

Production en nette baisse

L'activité des trois derniers mois de l'année a été pénalisée par la baisse de la production (-0,2% contre +0,3% au 3e trimestre), notamment industrielle. Elle baisse fortement du côté des biens (−1,5% après −0,6%), se replie dans la construction (−0,3% après +0,7%) et ralentit dans les services marchands (+0,3% après +0,6%) avec le recul des services de transport.

La production manufacturière diminue nettement (−1,6% après −0,6%), notamment dans la cokéfaction-raffinage en raison de la maintenance d’une raffinerie et de grèves.

Les variations de stocks contribuent négativement à la croissance du PIB (−0,4 point après −0,1 point) en particulier dans les matériels de transport et les biens d’équipement.

Le ralentissement de la consommation des ménages (+0,2% contre +0,4% trois mois plus tôt) malgré les hausses de pouvoir d'achat et de l'investissement des entreprises (+0,3% contre +1,3%) expliquent également la tendance. 

Recul des exportations

La demande intérieure finale hors stocks ralentit par rapport au trimestre précédent : elle contribue à la croissance du PIB à hauteur de +0,3 point après +0,7 point. 

Au niveau du commerce, impacté par le conflit sino-américain, les importations baissent (-0,2% après +0,6%) de même que les exportations (-0,2% après -0,3%). Au total, la contribution du commerce extérieur à la croissance du PIB est nulle, après une contribution négative (-0,3 point) au trimestre précédent.

Croissance 2019 moins bonne que prévu

Conséquence, la croissance pour 2019 a finalement ralenti un peu plus qu'anticipé, à 1,2% contre une prévision de 1,3% et +1,7% en 2018. Elle reste néanmoins supérieure à celle de la zone euro.

En moyenne sur l’année, la production totale est moins dynamique qu’en 2018 (+1,6% après +2,0% en 2018). La production manufacturière fléchit en 2019 (−0,2% après +0,6%) tandis que la production de services ralentit légèrement (+2,2% après +2,5%).

Du côté de la consommation des ménages, en moyenne sur l’année, elle accélère légèrement en 2019 (+1,2% après +0,9% en 2018) mais demeure décevante compte de la hausse de 2% de pouvoir d'achat estimée par l'Insee due aux mesures consenties après la crise des gilets jaunes (5 milliards de baisse d'impôt sur le revenu notamment) et par le recul du chômage.

Le commerce extérieur a lui pénalisé la croissance, avec une forte augmentation des importations (+2,3%, après +1,2% en 2018) et un ralentissement des exportations (+1,8% après +3,5% en 2018), du fait notamment de la morosité de l'économie mondiale, marquée par les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis.

Enfin, sur l’ensemble de l’année 2019, l'investissement accélère vivement (+3,6 % après +2,8 %).

Coup de froid temporaire?

En 2020, le gouvernement table sur une croissance de 1,3%, tandis que la Banque de France prévoit 1,1%, soit son taux le plus bas depuis 2016. Mais, la contre-performance de la fin d'année 2019 pourrait contrecarrer ces prévisions, l'économie française démarrant 2020 sans grand élan. Reste à savoir s'il s'agit d'un coup de froid (qui ouvre la voie à un rebond au 1er trimestre 2020) ou d'un vrai ralentissement.

"On attend encore plus de redistribution l'année prochaine, avec un niveau assez bas d'inflation, ce qui nous laisse penser qu'il y a un filet de sécurité pour l'économie française", estime Alexis Garetti, directeur de la recherche économique chez Euler Hermes.

Pour atteindre 1,3% sur l'année, "la croissance par trimestre devrait être de 0,45%. Cela paraît excessif", prévient de son côté Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management.

Olivier Chicheportiche avec AFP