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"Le Pentagone à la Française" toujours contesté

L'ouverture du nouveau ministère sur le site de Balard (plan) doit intervenir fin 2014

L'ouverture du nouveau ministère sur le site de Balard (plan) doit intervenir fin 2014 - -

Le gouvernement doit recevoir un audit de l'Inspection des finances et du Contrôle général des Armées sur la construction du nouveau ministère de la Défense, dans le XVeme arrondissement de Paris. Une opération contestée à 4,2 milliards d'euros.

Le rapport doit arriver ces jours-ci sur le bureau du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Réalisé par l'Inspection générale des finances (IGF) et le Contrôle général des armées, il constitue un audit de l'opération de construction du nouveau ministère de la Défense, près de Balard dans le XVeme arrondissement de Paris.

Selon des indiscrétions, les conclusions de l'audit seraient sévères pour l'Etat qui aurait accepté une opération très coûteuse, pas forcement à l'avantage du contribuable à long terme. Difficile pourtant pour le gouvernement Ayrault de stopper net un chantier en pleine activité depuis un an et qui doit s'achever en juillet 2014 pour une inauguration en décembre suivant.

En fait, l'opération est contestée depuis son lancement, l'an dernier, par le gouvernement Fillon. Le 30 mai 2011, ce dernier a signé un contrat de partenariat public-privé (PPP) avec le groupe Bouygues pour la réalisation du nouveau ministère qui doit regrouper le cabinet du ministre, les états-major des trois armes et la Direction générale de l'armement. Au total, près de 10 000 personnes devraient y travailler.

154 millions de loyer par an

Si l'idée d'abandonner une quinzaine d'implantations dans Paris, dont l'historique "Ilot Saint-Germain", qui abrite actuellement le ministère de la Défense et l'Etat-major de l'Armée de terre pour regrouper tous les services centraux dans un "Pentagone à la Française" paraît judicieuse, sa mise en oeuvre suscite les critiques depuis son lancement. Et ce, aussi bien à droite qu'à gauche. A preuve, le tout récent rapport budgétaire cosignés par les sénateurs François de Trucy (UMP) et Yves Krattinger (PS).

Les deux parlementaires rappellent que "le montage financier soulève des interrogations". Pour éviter de consacrer d'importants crédits budgétaires à l'opération, le gouvernement Fillon a, en effet, confié la construction et le financement du futur ministère au groupe Bouygues. En échange, l'Etat lui versera un loyer de 154 millions d'euros durant 27 ans et en deviendra alors propriétaire. Au total, il déboursera la coquette somme de 4,2 milliards d'euros.

Excessif pour nombre de parlementaires. D'autant que l'Etat mise en grande partie sur la vente ou la location des 15 implantations actuelles du ministère de la Défense pour financer l'opération. Or, "il existe un risque de moindres recettes en cas de retournement du marché immobilier", notent les deux sénateurs.

Autre incertitude : la vente de certaines implantations riquent d'être moins juteuse qu'espérée initialement. Durant la campagne, François Hollande a, en effet, promis que l'Etat céderait les bâtiments administratifs à prix bradé pour construire des logements sociaux. Une mauvaise nouvelle en perspective donc pour le ministère de la Défense.

Dernière incertitude : le contentieux avec la Mairie de Paris n'est toujours pas réglé. Pour financer l'opération, il est prévu la construction de 90 000 m2 de bureaux et commerces à l'extrémité du site de Balard.

Mais ce terrain est également convoité par la ville pour y installer un dépôt d'autobus, lui-même implanté sur une parcelle où la mairie veut construire des logements sociaux. L'affaire est actuellement devant la justice administrative. Et pour l'heure, malgré le changement de majorité, aucun accord amiable n'a été trouvé entre l'Etat et Bertrand Delanoë pour sortir de l'impasse.

Le titre de l'encadré ici

|||Quel avenir pour le futur Palais de Justice de Paris ?

Balard n'est pas le seul grand chantier remis en cause. La construction du nouveau Palais de Justice de Paris de 61 000 m2, dans le quartier des Batignolles, pourrait être prochainement remise en question. L'Elysée et Matignon doivent, en effet, décider prochainement de la poursuite ou non de l'opération. Signé en 2009 entre Bouygues et le gouvernement Fillon, un contrat de partenariat (PPP) prévoit que l'Etat versera pendant 27 ans un loyer avant de devenir proprétaire du Palais. La facture totale devrait avoisiner 2,7 milliards d'euros.

Mais à son arrivée au ministère de la Justice, Christiane Taubira n'a pas caché son hostilité à l'opération qui va absorder la quasi-totalité des crédits d'investissements de la Justice pendant des années. Par ailleurs, une association d'usagers a déposé un recours devant le Tribunal administratif pour faire annuler le contrat de PPP. Mais en cas de dédit, l'Etat devrait verser près de 160 millions d'indemnités au groupe Bouygues.

Patrick Coquidé