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Le ministère allemand des Finances confié à un social-démocrate

C'est le très modéré maire de Hambourg, Olaf Scholz, 59 ans, qui va prendre les rênes du ministère des Finances.

C'est le très modéré maire de Hambourg, Olaf Scholz, 59 ans, qui va prendre les rênes du ministère des Finances. - John MacDougall - AFP

Domaine réservé des conservateurs depuis qu'Angela Merkel est aux manettes, ce ministère-clef sera dirigé dans le nouveau gouvernement de coalition par Olaf Scholz, maire SPD d'Hambourg.

Le nouveau ministre allemand des Finances est un social-démocrate. C'est le maire de Hambourg, Olaf Scholz, 59 ans, qui hérite de ce poste clé. "Un pragmatique, probablement le plus proche au sein de son parti de la ligne de l'ex-ministre Schaüble", relève Florian Hesse, analyste à la banque Berenberg. Mais même si, parmi les figures du SPD, il est le moins à gauche, la nomination de ce protestant marque une rupture avec l'orthodoxie budgétaire incarnée pendant huit ans par Wolfgang Schaüble.

L'abandon de ce portefeuille-clé dans la première économie européenne illustre à sa manière l'affaiblissement politique de la chancelière: elle a dû faire de grandes concessions aux sociaux-démocrates pour arracher un accord de coalition et rester au pouvoir.

"La realpolitik va reprendre très rapidement le dessus"

Le départ en décembre de Wolfgang Schaüble, resté en mémoire dans de nombreux pays européens comme celui qui tenta d'exclure la Grèce de la zone euro au pire de la crise de la dette, avait déjà annoncé "un vrai changement de mentalité chez les dirigeants allemands", note Frédéric Ducrozet, économiste chez Pictet Wealth Management. Mais, dans le gouvernement de transition, il avait été remplacé par Peter Altmaier, un autre membre de la CDU. Son remplacement par un social-démocrate constitue une étape majeure.

Cette "prise de guerre" devrait aider la direction du SPD à convaincre sa base d'approuver une nouvelle coalition avec la droite, la troisième depuis 2005, en dépit des fortes réserves des militants en interne. "Ce changement est une importante surprise mais il faut être mesuré sinon il risque d'y avoir des déçus, la realpolitik va reprendre très rapidement le dessus", pronostique toutefois Frédéric Ducrozet. 

Il n'annonce pas nécessairement une remise en cause totale de la doctrine budgétaire de l'Allemagne, où l'équilibre des comptes publics est élevé au rang de dogme et où les craintes de devoir payer pour les écarts budgétaires des autres pays européens restent vives.

"La fin du diktat des économies"

L'arrivée du centre-gauche allemand aux Finances pourrait surtout envoyer un nouveau signal en Europe. L'accord de coalition conclu mercredi apporte ainsi un soutien, encore prudent mais réel, aux propositions de réforme de la zone euro portées par président français Emmanuel Macron. Le président du SPD, Martin Schulz, ancien président du Parlement européen, veut y voir la promesse de "la fin du diktat des économies" budgétaires en Europe.

Le contrat de coalition endosse la proposition française d'un budget de la zone euro pour des investissements communs, alors que pendant des mois les conservateurs d'Angela Merkel ont fait la sourde oreille sur le sujet. Ils redoutent comme la peste une mutualisation de la dette.

Sur le plan intérieur, l'accession du SPD aux Finances ainsi qu'au ministère du Travail et des Affaires sociales, va donner de la marge de manoeuvre au parti qui a fait largement campagne pour plus de justice sociale. L'accord prévoit ainsi un encadrement plus strict du recours des entreprises aux contrats de travail à durée déterminée.

Ne pas succomber à la 'maladie Trump'

Les sociaux-démocrates allemands insistent aussi sur une augmentation des dépenses dans l'éducation, l'immobilier, les infrastructures et la santé, au grand dam des milieux d'affaires allemands, qui dénoncent un programme dispendieux, après des années économes.

"Dans l'ensemble, l'industrie allemande est insatisfaite de cet accord de coalition, ces projets de dépenses vont fortement déséquilibrer le principe de redistribution et peser sur l'avenir", a réagi Dieter Kempf, président de la fédération allemande de l'industrie (BDI).

Le SPD s'est fixé comme mission de faire rempart à toute idée de baisser les impôts sur les sociétés, un débat qui monte en Allemagne, dans le sillage de la réforme fiscale américaine. Au ministère des Finances, il aura les clés en main sur ce dossier. "La ligne rouge du SPD sera une baisse massive des impôts à l'américaine, l'idée c'est de ne pas succomber à la 'maladie Trump'", assure Frédéric Ducrozet.

N.G. avec AFP