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Le fonds BlackRock accusé d'être le grand gagnant de la réforme des retraites

Larry Fink, le patron de Blackrock

Larry Fink, le patron de Blackrock - LUDOVIC MARIN / AFP

Plusieurs médias français estiment que le gouvernement a prêté une oreille attentive aux arguments du géant américain de la gestion d'actifs. Au bénéfice de BlackRock...

Le fonds d'investissements américain BlackRock ne s'attendait peut-être pas à cette attaque. Le premier gérant d'actifs mondial, avec pas moins de 6.840 milliards de dollars d’actifs, est accusé par L'Humanité et Mediapart d'avoir plus ou moins influencé la philosophie de la réforme générale des retraites présentée mercredi par le gouvernement. Et d'être ainsi l'un des premiers gagnants de la réforme. 

"Le président de la République et le gouvernement sont prêts à bloquer durablement le pays, à faire vivre aux Français, qu'ils soient grévistes ou non, des jours difficiles, pour une réforme qui n'est approuvée que par le seul Medef et plus exactement par le haut du panier du patronat. (...) Cela, le patronat le voulait, le pouvoir le veut en se conformant, comme on l'a révélé, à la check-list du fonds de pension BlackRock. Il le veut et il le tente", peut-on ainsi lire dans le quotidien communiste.

La réforme de l'épargne retraite saluée

"BlackRock souffle ses conseils pour la capitalisation à l'oreille du pouvoir" et veut "dynamiter la retraite par répartition" accuse de son côté Mediapart. Un député LR, Olivier Marleix (Eure-et-Loire), est sur la même ligne déclarant que "si votre réforme va à son terme, les affaires de BlackRock en France prendront un formidable essor".

Pourquoi ces attaques en rafale? Dans une note de juin dernier (accessible à tous), BlackRock saluait la réforme de l'épargne-retraite (et en particulier du plan épargne retraite) à travers la loi Pacte. Bercy table en effet grâce à ces mesures sur une augmentation de l'épargne retraite, qui passerait d'un peu plus de 230 milliards d'encours aujourd'hui à 300 milliards d'euros à l'horizon 2022. Logiquement, les grandes sociétés qui gèrent des actifs en profiteront. Mais BlackRock sera loin d'être le seul.

Par ailleurs, la réforme des retraites va également doper cette épargne puisque, au-delà de 10.000 euros de rémunération brute par mois, les cotisations des salariés (sur la tranche de salaire au-dessus de 10.000 euros) ne donneront aucun droit à la retraite du futur régime universel (une partie étant affectée à la solidarité sans contrepartie). De quoi inciter ces contribuables à se tourner vers d'autres dispositifs pour compenser et donc vers l'épargne retraite privée. Ce qui profiterait là encore à BlackRock. Traduction, BlackRock aurait convaincu le gouvernement d'ouvrir la boîte de Pandore de la retraite par capitalisation.

Des prestations privées encore faméliques

Néanmoins, il y a de quoi nuancer. D'abord, la réforme ne met absolument pas fin au système par répartition. Le futur régime des retraites s'appuie toujours sur la solidarité. Pour rappel, les régimes de retraite français ont versé en 2017 près de 314 milliards d'euros, selon le dernier rapport de la Drees sur le sujet. Les montants qui vont chaque année vers l'épargne retraite privée sont infimes par rapport à ces flux. D'ailleurs, les dépenses de retraite des régimes privés représentaient seulement 0,2% du PIB en France en 2015, selon les dernières données disponibles de l'OCDE. A côté, le régime par répartition pesait 12,7% du PIB la même année.

Ensuite, la réforme des retraites ne pousse qu'une toute petite partie des salariés à mettre de l'argent dans un système d'assurance privée. En effet, selon les derniers chiffres de l'Insee, seulement 1% des Français gagnent plus de 8.500 euros nets par mois. Enfin, encore une fois, BlackRock serait loin d'être le seul bénéficiaire d'un éventuel bond du marché de l'épargne-retraite pour les plus aisés. Encore faut-il que l'argent placé n'aille pas plutôt vers l'immobilier, les assurances-vies en fonds euros classiques, ou encore qu'il ne soit investi dans des actions détenues en direct. 

Interrogé par le journal Les Echos, un porte-parole du gérant n'entend pas ajouter à la polémique: "Nous ne commentons pas ces articles, qui sont par ailleurs inexacts".

Olivier Chicheportiche