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Le discours choc de Schäuble sur les réformes en France

Le ministre des Finances allemand s'est illustré en affirmant jeudi soir à Washington que l'Hexagone serait bien content qu'on l'on oblige le Parlement à adopter les réformes. "Mais c'est difficile, c'est la démocratie", a-t-il ajouté.

Wolfgang Schäuble est un coutumier du fait. Le ministre des Finances allemand a pour habitude de jeter des pavés dans la mare, notamment dans le cadre du feuilleton grec. Il s'est encore illustré jeudi soir depuis Washington en s'exprimant sur un sujet ô combien sensible: les réformes à mener sur le territoire français.

"La France serait contente que quelqu'un force le Parlement, mais c'est difficile, c'est la démocratie", a-t-il ainsi déclaré lors d'un débat dans la capitale américaine, après avoir évoqué les réformes selon lui "très réussies" menées en Espagne sous la supervision de la troïka.

"Si vous en parlez avec mes amis français, que ce soit (le ministre des Finances) Michel Sapin ou (de l'Economie) Emmanuel Macron, ils ont de longues histoires à raconter sur la difficulté à convaincre l'opinion publique et le Parlement de la nécessité de réformes du marché du travail", avait déclaré auparavant ce chantre de la discipline budgétaire.

Pour le professeur d'économie et éditorialiste de BFM Business Jean-Marc Daniel, Wolfgang Schäuble remet à la une l'importance du lien franco-allemand. "En réalité, les Allemands commencent à perdre patience à notre égard, car à chaque fois que nous pris des engagements nous ne les avons pas tenus", estime-t-il.

Il rappelle à titre d'exemple que Paris s'était engagé en 1983 auprès du FMI à ne pas dévaluer sa monnaie, avant de le faire trois ans plus tard.

Jean-Marc Daniel cite cette phrase du philosophe Raymond Aron: "en France, on ne fait pas de réforme mais on fait des révolutions".

Les appels du pied de la Commission européenne

Nombreuses sont les voix à avoir réclamé davantage de réformes de la part de Paris. En premier lieu celle de Bruxelles. Ainsi Pierre Moscovici, le commissaire européen en charge des Affaires économiques et monétaires, avait affirmé, lors d'une interview accordé les 5 février dernier à BFMTV et BFM Business, que "l'effort de réformes doit se poursuivre".

"Il y a sans aucun doute dans les cartons du gouvernement français, dans les possibilités les potentialités de la France, d'autres réformes qui peuvent être accomplies. Ce que la Commission européenne attend c'est d'avoir une visibilité sur non pas une réforme mais sur tout un processus de réformes", développait-il.

"Je sais que le président François Hollande n'a pas l'intention de s'arrêter de réformer et qu'il pense que tout son quinquennat est un quinquennat d'action et bien maintenant parlons-en", ajoutait-il. En ce sens, L'exécutif Français a envoyé mercredi dernier son programme national de réforme (PNR), un document attestant de la mise en œuvre de ses actions futures et passées. Paris espère ainsi que ces réformes permettront de créer 800 à 900.000 emplois supplémentaires d'ici à 2020 et 4 points de PIB en plus

Julien Marion avec AFP