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L'automobile affole les compteurs

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- - Eric Piermont/AFP

Immatriculations historiques pour le mois d’août 2018 : hausse de 40% pour l’ensemble du marché, 35% sur les véhicules légers. Une hausse en trompe l’œil, c’est la mise en place de nouvelles normes anti-pollution qui en est l’explication.

Non, les Français n’ont pas été saisis, tout à coup, par une frénésie d’achat automobile. Les chiffres invraisemblables des immatriculations au mois d’août ne sont imputables qu’à quatre lettres : WLTP, le code des nouvelles normes européennes qui entrent en vigueur en ce 1er septembre et qui ont poussé constructeurs et concessionnaires à des immatriculations dites « tactiques » avant un important bouleversement de marché.

Très exactement 176 706 véhicules légers ont été immatriculés (150 393 voitures particulières), hausse de 35% par rapport à août dernier (chiffres CCFA) ce qui donne une progression de 8,36% du marché sur les huit premiers mois. Encore une fois, ce n’est évidemment pas le rythme de croissance naturelle du secteur : Citroen +42%, Renault +54%, Dacia +46%, Peugeot apparait presque raisonnable avec un +16,7%. Le record du mois pour Porsche : +321% ou Alfa Romeo (groupe FIAT) : 222%.

WLTP : quatre lettres qui changent tout

 Les constructeurs sortent d’une année de travail acharné depuis qu’en juillet dernier les autorités européennes ont publié les ultimes détails des nouvelles normes anti-pollution. Quatre lettres qui changent tout : WLTP (pour Procédure mondiale harmonisée d’homologation de véhicules légers) remplace la norme NEDC en place depuis la fin des années 90.

Dans ces nouveaux tests on essaie de se rapprocher des conditions de conduite habituelles : la vitesse moyenne est quasiment doublée, l’accélération est plus forte de 50%, la température du moteur est plus basse au démarrage. Les travaux avaient commencé avant le scandale du Diesel allemand, mais ils ont été accélérés, et tout s’est terminé en forme d’Ultimatum : au 1er septembre, soit un modèle est compatible avec les nouvelles normes et il roule, soit il ne l’est pas et il n’est pas vendable.

PSA a communiqué le 29 août que tous les modèles disponibles étaient homologués, « sans rupture de production ». Renault en a profité pour faire le ménage dans sa gamme et retirer certains modèles en fin de carrière. L’automobile allemande, en revanche, a admis des difficultés importantes : dans un communiqué retentissant tombé au mois de juin, Porsche retirait de la vente l’ensemble de ses modèles à essence, ne garantissant un retour qu’en mars 2019. Le groupe Volkswagen a lui aussi admis des difficultés considérables : VW réduit le temps de travail d’une à deux journées par semaine dans son usine historique de Wolfsburg depuis la fin juillet, les retards pris dans le processus d’homologation pourraient lui coûter plus d’1milliard€ et des retards de production sur 200.000 à 250.000 véhicules. Toute l’industrie automobile allemande est concernée, les bancs d’essai et les ingénieurs ont été mobilisés pendant des mois pour faire face au scandale du diesel, la norme WLTP n’était plus la priorité. BMW est pour l’instant resté le seul à affirmer que le processus se déroulait « comme prévu »

Importantes conséquences fiscales

Mais davantage que les conséquences industrielles, ce sont les conséquences fiscales qui sont suivies de très près, et ce sont elles qui ont motivé cette invraisemblable explosion des immatriculations. Les émissions de CO2 sont affichées comme plus importantes avec les nouvelles normes (entre +15% et +30% en moyenne, +24% à +31% chez PSA, seul constructeur à avoir donné des chiffres précis) et cela modifie les calculs de bonus-malus. Pour les constructeurs c’est un arbitrage cruel : faut-il augmenter les prix en fonction de l’augmentation du malus, ou bien rogner la marge pour laisser le prix inchangé ? Dans l’attente des décisions finales de Bercy sur les nouveaux bonus-malus, les choix se font au coup par coup, en fonction de la popularité des modèles. La hausse affichée des émissions est plus forte pour les gros SUV qui sont aujourd’hui les modèles qui se vendent le mieux et dégagent les marges les plus importantes.

Et c’est bien pour parer à toutes les éventualités que les constructeurs et les concessionnaires ont multiplié ces immatriculations dites « tactiques », pour des voitures qui seront ensuite vendues comme des « occasions zéro kilomètre ».

Pour les flottes d’entreprise, les conséquences pourraient accélérer la mutation vers l’électrique, même si l’innovation technologique sur les moteurs atmosphériques ne ralentit pas. Bosch a annoncé pouvoir maintenant considérablement réduire les émissions de NOx, bien en dessous des futures normes (le diesel représentait encore 80% des flottes d’entreprise au printemps 2018, selon l’Observatoire du Véhicule d’Entreprise). L’avantage consommation de carburant du Diesel reste imbattable, et c’est donc les arbitrages fiscaux qui pourraient bouleverser les rapports de force entre les différents types de motorisation.

Le marché va maintenant tranquillement reprendre son rythme de croisière, même si les constructeurs attendent avec appréhension la réaction des consommateurs, devant les nouvelles valeurs d’émission de CO2 affichées et surtout devant les nouveaux prix.

Stéphane SOUMIER