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L'Allemagne fait une concession envers la Grèce

La concession obtenue par Tsipras est l'une des rares que le gouvernement de gauche grec pourrait se prévaloir d'avoir obtenu de ses créanciers.

La concession obtenue par Tsipras est l'une des rares que le gouvernement de gauche grec pourrait se prévaloir d'avoir obtenu de ses créanciers. - PHILIPPE HUGUEN - AFP

Angela Merkel et François Hollande ont fait part à Alexis Tsipras lors d'un entretien téléphonique de leur accord pour baisser les objectifs de recettes budgétaire de la Grèce, ce 3 juin.

Les principaux créanciers de la Grèce font un pas en direction du pays. La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Francois Hollande sont convenus, lors d'un entretien téléphonique avec le Premier ministre grec Alexis Tsipras mercredi, de "la nécessité" de baisser les objectifs d'excédents budgétaires primaires de la Grèce, a affirmé une source gouvernementale grecque.

Les trois dirigeants "se sont mis d'accord sur la nécessité d'excédents budgétaires primaires plus faibles et (la nécessité) d'une solution immédiate" aux négociations entre la Grèce et ses créanciers, a indiqué cette source à la presse à l'issue de l'entretien téléphonique qualifié de "constructif".

Une des rares concessions obtenues par Athènes

Abaisser l'objectif des excédents primaires (hors charge de la dette) que la Grèce doit réaliser ces prochaines années permettrait de donner un peu d'air aux finances du pays en contraignant un peu moins ses dépenses. C'est aussi l'une des rares concessions que le gouvernement de gauche grec pourrait se prévaloir d'avoir obtenu de ses interlocuteurs UE, BCE et FMI.

Le pays, selon le programme précédent, s'était engagé à réaliser un excédent de 3% du PIB en 2015 et 4,5% en 2016. Le vice Premier ministre Yannis Dragasakis avait déclaré mardi qu'Athènes souhaitait pouvoir s'en tenir à moins de 1% en 2015 et moins de 1,5% l'année suivante.

Lors de l'échange téléphonique avec François Hollande et Angela Merkel, Alexis Tsipras a souligné qu'il n'avait pas encore reçu la proposition d'accord des institutions créancières du pays. C'est ce texte, élaboré en commun après la réunion lundi au pied levé entre les dirigeants français et allemands, le président de la BCE, Mario Draghi et la patronne du FMI, Christine Lagarde, qui devrait servir de base à la négociation prévue lors d'un rendez-vous mercredi soir à Bruxelles entre Alexis Tsipras et le chef de l'exécutif européen, Jean-Claude Juncker.

Déclarations contradictoires entre Paris et Berlin

Le Premier ministre grec a de son côté répété avant son départ pour Bruxelles qu'il entendait discuter sur la base de la proposition d'accord rédigée par Athènes et soumise lundi soir aux interlocuteurs du pays. Alexis Tsipras doit présenter ce 3 juin en soirée au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker ses propositions, soit 46 pages, selon Athènes, qui n'a pas fourni d'autres éléments sur celles-ci. La rencontre Tsipras/Juncker sera "une première discussion" et ne débouchera pas sur un accord entre Athènes et ses créanciers, a prévenu mercredi un porte-parole de l'exécutif européen.

Les déclarations contradictoires venant de Paris et de Berlin sur un éventuel accord rapide entre la Grèce et ses créanciers se sont multipliées. François Hollande a ainsi évoqué un règlement possible dans "quelques heures" tandis que le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, s'est dit pessimiste.

"Nous sommes à quelques jours, je ne veux pas même dire à quelques heures d'un possible règlement", a dit le chef de l'Etat français à Paris, alors que quasiment au même moment à Berlin, Wolfgang Schäuble jugeait qu'une liste de propositions grecques de réformes ne "changeait rien" à son opinion exprimée la semaine dernière, à savoir qu'une issue semblait encore éloignée. La dernière proposition d'Athènes "conforte plutôt" cette opinion, a-t-il déclaré à Berlin lors d'une conférence de presse.

Des propositions grecques insuffisantes

Un peu plus tôt dans l'après-midi, son porte-parole, Martin Jäger, avait déjà exprimé les réticences de Berlin envers les propositions grecques. "J'ai la nette impression que la liste (préparée par la Grèce) ne sera pas la dernière solution au problème", avait dit Martin Jäger.

Les propositions grecques, qui selon la presse portent notamment sur une réforme de la fiscalité et remettent au programme des privatisations partielles, ne répondent manifestement "pas entièrement aux exigences" mais "doivent être prises en compte dans la discussion", a déclaré Martin Jäger, signifiant toutefois clairement que pour Berlin, la feuille de route concurrente en cours d'élaboration par la Banque centrale européenne (BCE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne aurait plus de poids. Elle sera "la base de discussions qui comptera" pour l'Allemagne, a dit Martin Jäger.

Le gouvernement grec aux abois négocie depuis fin février avec les trois institutions pour obtenir, en échange d'engagements à faire des réformes, le déblocage de plusieurs milliards d'euros d'aides financières. Les discussions ont piétiné pendant des mois, et malgré de récents progrès, achoppent toujours notamment sur des réformes du marché du travail et des retraites en Grèce.

N.G. avec AFP