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INFOGRAPHIES. La France est l'un des pays les moins syndiqués de l'Union européenne

Une manifestation en 2012 à Saint-Nazaire. (photo d'illustration)

Une manifestation en 2012 à Saint-Nazaire. (photo d'illustration) - FRANK PERRY / AFP

La manifestation du 5 décembre 2019 marque le retour sur le devant de la scène des organisations syndicales, après une année marquée par la mobilisation des Gilets jaunes.

CGT, FO, CFE-CGC, FSU, Solidaires... De nombreux syndicats français appellent à manifester ce jeudi. Après une année marquée par leur échec à se rallier au mouvement des Gilets jaunes, les syndicats comptent sur cette mobilisation du 5 décembre pour reprendre leur place dans le débat public. Mais que représentent-ils réellement ?

Depuis l'après-guerre, le taux de syndicalisation ne cesse de diminuer. 30% des salariés français étaient syndiqués en 1949, 20% en 1969 et à peine plus de 10% aujourd'hui. Depuis les années 1990, on note cependant une certaine stagnation, comme l'illustre l'infographie ci-dessous.

Les dernières données françaises officielles concernant le syndicalisme commencent malheureusement à dater. Depuis 2010, la Direction de l'Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques (DARES) publie de nouveaux chiffres tous les trois ans. La dernière publication remonte donc à 2016 et porte principalement sur des données de 2013. 

De fortes disparités selon le statut des salariés

Malgré leur ancienneté, ces données contiennent tout de même de précieuses informations. On s'aperçoit ainsi que derrière ce faible taux de syndicalisation se cachent de fortes disparités selon les corps de métier, la fonction occupée, l'âge... 

Plus largement, ce sont les travailleurs les plus précaires qui sont les moins syndiqués: les femmes, les jeunes, les CDD... L'infographie ci-dessous rassemble ces fortes différences.

On remarque aussi que les salariés de la fonction publique sont nettement plus syndiqués que ceux travaillant dans le secteur marchand et associatif. Le seul secteur privé très syndiqué est celui des transports, particulièrement concerné par la mobilisation du 5 décembre. Dans plusieurs grandes villes, les services de transports seront en effet en grève: à Marseille, Lille...

Rappelons tout de même que ces données datent de 2013 et pourraient avoir sensiblement changé depuis. Et il semble difficile de compter sur les syndicats pour obtenir des chiffres plus récents étant donné leurs réticences à partager ne serait-ce que leur nombre d'adhérents. 

Combien d'adhérents revendiquent les syndicats français?

L'exemple de Force Ouvrière est symptomatique: il a fallu attendre 2011 pour obtenir une première estimation de leur nombre d'adhérents. "Environ 500.000", un chiffre peu précis, qui n'aurait pas du tout évolué depuis. 

La CFDT est quant à elle revenue sur sa propre méthodologie en 2018, rabaissant son nombre d'adhérents de 30%. En 2012, elle revendiquait plus de 860.000 adhérents. Six ans plus tard, ils ne seraient en fait que 620.000. Difficile donc de classer précisément les syndicats selon leur nombre d'adhérents, mais nous avons quand même tenté de le faire en se basant sur différentes sources: CGT, UNSA, CFE-CGC, CFTC.

La France est l'un des pays les moins syndiqués en Europe

Quel que soit le véritable nombre d'adhérents de chaque organisation, la France fait partie des pays les moins syndiqués de l'Union Européenne. Avec à peine 11% de salariés syndiqués, elle est très loin de la moyenne de l'UE (23%).

Les pays avec lequel nous nous comparons le plus souvent figurent également largement au-dessus de l'Hexagone. Il suffit de regarder les taux de syndicalisation en Allemagne (18%), au Royaume-Uni (26%), en Italie (35%) ou encore en Belgique (50%) pour s'en rendre compte.

Le Monde explique cette désaffection par la spécificité du droit du travail français. Au nom de l'égalité, "tous les salariés doivent bénéficier des avantages obtenus par le syndicat signataire. Alors payer une cotisation, perdre son salaire en participant à une grève, prendre des risques de carrière (...) n’est guère attractif pour un salarié peu motivé politiquement". 

Dans la plupart des pays, c'est l'inverse, être syndiqué permet de bénéficier d'avantages: "protection en cas de licenciement, majoration d’allocations-chômage, caution bancaire, financement de formations".

Louis Tanca