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Hollande: "le temps de la dissuasion nucléaire n'est pas dépassé"

Les Rafale peuvent emporter des charges nucléaires

Les Rafale peuvent emporter des charges nucléaires - Sébastien Dupont-AFP/ECPAD

François Hollande s'exprime ce jeudi depuis la base d'Istres sur l'avenir de la dissuasion nucléaire. Alors que le gouvernement cherche des moyens supplémentaires pour financer les dépenses militaires, le chef de l'Etat annonce qu'il ne taillera dans les moyens consacrés à la force de frappe.

François Hollande avait annoncé lors de sa conférence de presse du 5 février qu'il s'exprimerait sur la dissuasion nucléaire. C'est chose faite ce jeudi après-midi à l'occasion d'un discours sur la base aérienne d'Istres, qui abrite des Rafale et des Mirage 2000 pouvant emporter des charges nucléaires. 

François Hollande a dévoilé pour la première fois, au nom de la "transparence", la composition de l'arsenal nucléaire français, confirmant que la France disposait globalement de "moins de 300" têtes nucléaires.

Affirmant vouloir "aller encore plus loin dans la transparence que ce soit sur la doctrine, les arsenaux ou les efforts concrets de désarmement", le chef de l'Etat et des armées a enchaîné: "C'est la raison pour laquelle je ne crains pas d'informer que la France dispose de trois lots de 16 missiles portés par sous-marins et de 54 vecteurs (missiles) ASMPA" équipant les avions de combat de la composante aéroportée de la dissuasion.

Révision de la loi de programmation militaire d'ici l'été

Alors que le chef de l'Etat a annoncé la révision de la loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019 d'ici à l'été pour faire face à la nouvelle donne liée au contexte terroriste, il confirme le maintien de la force de frappe française dans son format actuel. Celle-ci ne sera pas sacrifiée pour dégager des moyens supplémentaires pour les forces conventionnelles capables d'être projetées sur les terrains d'opérations extérieurs. 

"Le contexte international n'autorise aucune faiblesse", a souligné le chef de l'État et des armées, estimant que "le temps de la dissuasion nucléaire n'est donc pas dépassé". Ainsi, selon lui, "il ne saurait être question, y compris dans ce domaine, de baisser la garde".

Pas question donc de tailler dans les 3,5 milliards d'euros de dépenses affectées dans la LPM à la force de frappe, sur les 31,4 milliards de budget militaire annuel. 

Deux composantes, une de trop? 

La dissuasion française repose actuellement sur deux composantes. D'abord quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) basés à l'Ile-Longue, près de Brest, dont au moins l'un est en permanence en mer. Le dernier de la série, le Terrible, a été lancé en 2010.

La seconde composante est constituée de deux escadrons de Mirage 2000 et de Rafale (soit 40 appareils) pouvant emporter des missiles nucléaires. Les Rafale-marine peuvent également être embarqués à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle avec une charge nucléaire.

Mais pour assurer un long rayon d'action à ses bombardiers, l'Armée de l'air doit entretenir parallèlement 14 avions ravitailleurs de conception américaine qui datent d'un demi-siècle... Ce qui nécessite leur remplacement à terme.

La France a déjà réduit la voilure

En privé pourtant, nombre de politiques de droite comme de gauche affirment qu'il faudrait avoir le courage de tailler dans les dépenses de dissuasion nucléaire pour financer les dépenses des forces conventionnelles. C'est en particulier le cas d'Hervé Morin, l'ancien ministre centriste de la Défense, qui suggère de ne conserver que les sous-marins nucléaires, les plus efficaces et les moins vulnérables selon les experts. Ce qu'ont d'ailleurs fait les Britanniques dès 1998.

Pour la période 2014-2019, la dissuasion nucléaire représentera 23% des crédits d'équipement militaires. Plus de 23 milliards d'euros sur cinq ans devraient être consacrés à son entretien et sa modernisation. Selon un récent rapport d'information du Sénat, la modernisation de la composante sous-marine devrait nécessiter sur les 10 prochaines années 29 milliards, celle de la force aérienne 2,6 milliards.

Depuis la fin des années 90, la France a déjà réduit la voilure en matière de dissuasion. L'Armée de terre a perdu ses missiles Hadès installés sur des blindés. Et les missiles balistiques du plateau d'Albion en Provence, fleuron de notre force de frappe au début de la Vème République, ont été désarmés.

Supprimer désormais la composante aérienne permettrait donc de réaliser des économies suffisantes pour abonder les moyens des forces conventionnelles susceptibles. A quoi les militaires, au premier rang desquels les aviateurs naturellement, répondent que les économies réalisées ne seraient pas automatiquement reversées à la Défense.

En 2010, Nicolas Sarkozy avait bien fait un premier pas en décidant de réduire de trois à deux le nombre d'escadrons d'avions pouvant emporter des charges nucléaires. En 2013, la question avait à nouveau été posée à l'occasion de la préparation de la loi de programmation militaire 2014-2019. François Hollande avait tranché pour le maintien des deux composantes. Cette posture sera-t-elle longtemps tenable?

Clin d'oeil à l'Inde 

En se rendant sur la base d'Istres où sera stationné un grand nombre de Rafale, le chef de l'Etat veut prouver qu'il tient à la composante aérienne de la force de frappe. Mais il peut aussi espérer donner un coup de pouce supplémentaire aux négociations en cours pour la vente de l'avion de chasse de Dassault

Après l'Egypte, le Qatar et la Malaisie pourraient se décider plus rapidement que prévu. Et les discussions avec les Emirats Arabe Unis (EAU) devraient être relancées. Mais c'est surtout le méga-contrat de 126 appareils avec l'Inde qui est en ligne de mire de l'Elysée. Le pays dispose en effet de l'arme nucléaire depuis 1974. Or, le Rafale peut emporter des missiles nucléaires. Ce qui intéresse à terme New Delhi.

Le coût de la force de frappe

> 0,2% du PIB

> 11% du budget de la Défense

> 23% des crédits d'équipement militaires

Patrick Coquidé