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Henri de Castries : « le modèle français a atteint ses limites »

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Invité de l’Heure H, le chairman pour l’Europe du fonds General Atlantic et directeur non-exécutif de HSBC, estime que notre système pénalise désormais ceux qu’il est censé protéger.

Le constat est sévère mais il permet peut-être de se poser les bonnes questions. Alors que la France traverse une crise sociale d’ampleur, Henri de Castries, ancien inspecteur des finances, chairman pour l’Europe du fonds General Atlantic et directeur non-exécutif de HSBC, estime sur BFM Business que « le modèle français a atteint ses limites ».

« La France est le pays le plus redistributif en Europe, on est le pays le moins inégalitaire mais on est celui qui a la dette la plus lourde et où la pression fiscale est la plus forte », explique-t-il.

A l’heure du Grand débat, l’expert exhorte à ne pas se tromper de question. « L’idée n’est donc pas de financer un modèle à bout de souffle à coups de dette et d’augmentations des impôts. Surtout que cette approche fonctionne de moins en moins bien », poursuit-il.

La cruciale réforme de l’administration

« Ce qui est important, ce ne sont pas les différences de revenus mais bien les inégalités d’accès qui ne sont pas traitées, comme celui à l’éducation, aux transports, à la sécurité, aux services publics. On arrive au point où ceux qui devraient être protégés par le système sont désormais les premiers à en souffrir. On voit donc bien que le modèle n’est plus efficace malgré des coûts toujours plus importants ». C’est d’ailleurs le point de cristallisation des Gilets jaunes.

Quelles sont alors les solutions ? Les réformes sont aux cœur de la réponse. Mais pour Henri de Castries, on ne va pas assez loin, pire, on se trompe parfois de cible.

« La France est comme un superbe immeuble du XIXe siècle qui aurait été profondément rénové en 1945, 1958 et un peu en 1982. Aujourd’hui, le gouvernement Macron a fait des réformes importantes (éducation, travail) et ça paye. Mais dans d’autres domaines, ça ne bouge pas, notamment la réforme des finances publiques. Par ailleurs, nous ne sommes pas capables, quand on introduit quelque chose de nouveau, de complètement supprimer ce qui le précédait ».

Et de plaider pour « une redéfinition de l’articulation des pouvoirs et des systèmes de décisions administratives. Il est urgent de mener une réforme fondamentale de l’administration ».

Bref, la réforme et toujours la réforme sera la clé pour fonder un nouveau modèle. « D’autres pays l’ont fait, c’est une question de volonté ».

la rédaction