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Hausse de la taxe d'habitation: le gouvernement et les maires se renvoient la balle

Le gouvernement a décidé de pointer les mauvaise élèves

Le gouvernement a décidé de pointer les mauvaise élèves - AFP Jeff Pachoud

Face au gouvernement qui dénonce les villes qui ont augmenté leur taxe d'habitation, plusieurs maires contre-attaquent.

Jeudi 11 octobre au soir, le Figaro a publié la liste des villes ayant augmenté leur taxe d'habitation. Puis, vendredi, Bercy a mis en ligne la liste des taux votés par les communes, précisant que 6200 d'entre elles les ont relevés, sur un total de 35.400.

Enfin, le gouvernement a enfoncé le clou dans plusieurs déclarations. "Notre politique est de baisser les impôts, nous le faisons. Chacun peut le constater. Et nous baissons la taxe d'habitation des Français les plus modestes", a affirmé le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, dans une interview vendredi au Figaro, ajoutant: "il y a quelques communes qui ont augmenté les taux de manière discutable".

Il s'en est pris notamment au maire de Sceaux (Hauts-de-Seine), l'UDI Philippe Laurent. Le ministre et l'édile se sont ensuite livrés à une guerre des chiffres à travers les médias. "La ville de Sceaux a augmenté de 8% sa taxe d'habitation. C'est son droit le plus strict", a déclaré Gérald Darmanin vendredi sur RTL. Pour lui, la ville de la banlieue parisienne va ainsi obtenir un million d'euros de recettes fiscales, soit "dix fois plus" que la baisse des dotations de l'Etat qu'il a estimée à 100.000 euros.

"Méthode de voyous"

Dans le Parisien/Aujourd'hui en France, Philippe Laurent donne d'autres explications: "Cette hausse de taux (de 6,8%, selon lui), qui rapportera 1,5 million d'euros supplémentaires à la commune, ne couvre que pour la moitié la baisse des dotations de l'Etat que nous subissons", a-t-il assuré.

"En clair, le gouvernement veut faire porter la casquette aux communes lorsque la baisse annoncée n'est pas au rendez-vous", a contre-attaqué Philippe Laurent, également secrétaire général de l'Association des maires de France, qui avait contesté la baisse de la taxe d'habitation. "Nous avions dit à Emmanuel Macron, quand il était candidat, que cette promesse n'était pas tenable. Il a voulu la faire quand même, maintenant c'est son problème", a-t-il ajouté. Pour sa part, le maire LR de Meaux Jean-François Copé a estimé qu'il fallait "arrêter d'insulter les maires en disant qu'ils ne comprennent rien".

A Sassenage, commune de 10.000 habitants située en périphérie de Grenoble (Isère) qui a augmenté de 11% sa taxe d'habitation, le maire Christian Coigné a dénoncé une "méthode de voyous" sur une vidéo mise en ligne par le Dauphiné libéré.

Edouard Philippe riposte

Le Premier ministre Edouard Philippe a riposté, en marge d'un déplacement dans le Puy-de-Dôme. "Quand on prend des décisions, il faut les assumer. Quand je prends des décisions qui sont impopulaires, je les assume. Eh bien les maires qui ont pris la décision probablement impopulaire d'augmenter les impôts l'assument également", a-t-il affirmé.

"Je dis merci aux 30.000 maires qui ne l'ont pas augmenté. Je dis que les 30.000 maires qui n'ont pas augmenté la taxe d'habitation vont permettre à leurs concitoyens de voir l'effort important accompli par le gouvernement et (...) la diminution sensible de la taxe d'habitation pour 80% des Français qui la payaient jusqu'à présent", a déclaré le chef du gouvernement. "Pour les autres, ils ont fait usage de leur liberté, ils ont décidé d'augmenter le taux de l'imposition alors que le gouvernement avait indiqué qu'il procédait par voie de dégrèvement, c'est-à-dire qu'il compenserait intégralement la perte de taxe d'habitation des collectivités territoriales", a-t-il ajouté. "Notre politique est de baisser les impôts, nous le faisons. Chacun peut le constater. Et nous baissons la taxe d'habitation des Français les plus modestes", affirme-t-il au sujet de la mesure emblématique du président Emmanuel Macron.

Pour sa part, Gérald Darmanin a cherché à rassurer les contribuables: "Il y a 18 millions de foyers fiscaux qui ont vu une baisse de 30% de la taxe d'habitation", a-t-il expliqué sur RTL. Gérald Darmanin a estimé que le nombre de maires ayant augmenté la taxe est inférieur à celui de l'an dernier: "En 2017, la taxe d'habitation avait progressé dans 7.300 communes, en moyenne de 0,73 point. Cette année, l'augmentation moyenne s'élève à 0,49 point". Interrogé sur l'échéancier de la suppression de la taxe, Gérald Darmanin a rappelé qu'"un peu plus de 5 millions de foyers, la population la moins modeste, ne sont pas concernés par la baisse progressive de la taxe entre 2018 et 2020". Il a précisé qu'ils "ne verront la fin de la taxe d'habitation que vers 2020-2021".

réaction de l'association des maires de france

L'Association des maires de France dénonce une campagne de "dénigrement irresponsable" des maires sur les réseaux sociaux à propos de la taxe d'habitation, et demande à Emmanuel Macron "de faire cesser cette séquence déplorable", dans un communiqué diffusé vendredi. "Sur les réseaux sociaux, la campagne de dénigrement enclenchée par les groupes se réclamant du parti majoritaire autour du hashtag #BalanceTonMaire, par référence à une campagne mondiale stigmatisant des délits ou des crimes, est vécue par les élus comme une insulte personnelle", écrit l'AMF. "Le gouvernement et le parti majoritaire" portent, selon l'association, "une responsabilité majeure dans ce "dérapage insupportable". Les maires attendent "des excuses publiques" et demandent au chef de l'État "de faire cesser cette séquence déplorable", qui "nourrit un peu plus les populismes qu'il prétend combattre". "En agissant ainsi, l'État s'engage dans une impasse, aggrave la crise de confiance, déjà forte, avec les territoires et s'isole un peu plus des acteurs locaux", poursuit l'AMF.

J. H. avec AFP