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Grèce: pourquoi les négociations n’ont pas (encore) abouti

Alexis Tsipras, lundi à Bruxelles.

Alexis Tsipras, lundi à Bruxelles. - Emmanuel Dunand - AFP

Alors que les discussions se poursuivront ce mardi entre Athènes et ses créanciers, plusieurs sujets font l’objet de désaccords importants. Tour d'horizon.

Même si les dirigeants européens ont tenu à se montrer optimistes après une journée de lundi chargée en rebondissements, les négociations entre la Grèce et les créanciers n’ont toujours pas abouti. Car malgré des avancées majeures, certains sujets font toujours l’objet de désaccords importants.

L'effort budgétaire

Après plusieurs semaines de débat, ce n'est plus le point le plus problématique de la négociation qui doit permettre à Athènes de toucher quelque 7 milliards d'euros d'aide, suspendus à un feu vert de ses créanciers (Union européenne, BCE et FMI) depuis l'été dernier. Ces derniers demandent à Athènes de s'engager pour plusieurs années à réaliser un excédent courant, c'est-à-dire un surplus budgétaire avant charge de la dette. En clair, l'Etat grec doit être capable de payer lui-même ses factures et ses fonctionnaires. La Grèce a confirmé lundi qu'elle acceptait le principe d'un budget en excédent primaire de 1% cette année et 2% l'an prochain. Athènes, pour y parvenir, serait notamment prêt à revoir ses dépenses de défense, et à alourdir la fiscalité.

La TVA et la fiscalité

Sur ce point, Athènes a tracé en la matière une ligne rouge: pas touche à la TVA sur l'électricité, dont une hausse à 23% aurait de lourdes conséquences sociales. Les créanciers semblent prêts à accepter à condition qu'Athènes augmente ses recettes de TVA en remontant certains taux dans des secteurs clé pour l'économie grecque, très tournée vers le tourisme, comme l'hôtellerie ou encore la restauration. Appliquer un taux de 23% à ces secteurs permettrait d'atteindre 1% d'excédent budgétaire et de ne pas toucher à la TVA à 13% sur l'électricité et à 6% sur les médicaments, a confié une responsable européen.

En suspens également, la question de la TVA réduite dont bénéficient à titre d'exception les îles grecques. Selon la presse grecque, le gouvernement pourrait céder pour les îles les plus prospères telles que Mykonos, Santorin ou Rhodes.

Autres mesures fiscales proposées par la partie grecque: les entreprises seraient taxées plus lourdement, à partir de 2016, avec un impôt sur les sociétés passant de 26 à 29% et une taxe spéciale de 12% sur les entreprises réalisant un bénéfice supérieur à 500.000 euros. La taxe sur le luxe serait aussi remontée, pour les voitures de grosse cylindrée, les piscines, les avions et bateaux de plus de dix mètres, notamment.

Les retraites

Voilà un domaine encore délicat dans les négociations. Selon la presse grecque, Athènes proposerait dès l'an prochain de supprimer les mécanismes de pré-retraite, et de tailler dans les (peu nombreuses) retraites complémentaires supérieures à 1.000 euros. Pour les créanciers, le régime de retraite grec doit être mis à l'heure du "zéro déficit", via des coupes sombres. Ils prescrivent de limiter les retraites anticipées ou encore de faire payer plus cher les soins de santé aux retraités. Mais le FMI et les autres semblent avoir accepté une demande forte du gouvernement grec, consistant à épargner les plus modestes pensions.

Marché du travail, privatisations

En matière de marché du travail, que les créanciers veulent déréguler davantage, les divergences se sont réduites. Sur les privatisations aussi, les positions se sont rapprochées, Athènes étant revenu sur son opposition de départ en affirmant vouloir en faire un instrument de croissance. Mais si un compromis se dessine pour la cession au privé des ports et aéroports, la Grèce refuse les privatisations dans l'électricité réclamées par ses créanciers.

La dette

C'est certainement le grand tabou des discussions, au moins du côté des partenaires de la Grèce. Les créanciers laissent planer le flou sur la question de la dette publique grecque, pourtant prévue par la Commission à 180% du PIB pour 2015, un niveau jugé insoutenable de l'avis général. La Grèce veut elle que le principe d'une restructuration, très épineux politiquement dans des pays comme l'Allemagne, soit réaffirmé. La zone euro s'était engagée à en discuter en 2012 une fois le budget grec en excédent primaire, mais a reculé une fois ce solde passé au vert, en janvier 2014.

Pour assurer le financement du pays à l'expiration, le 30 juin, de son plan de sauvetage en cours, les discussions portent en attendant sur une extension de ce programme, peut-être jusqu'à la fin de l'année. En échange de ce maintien sous surveillance, la Grèce pourrait puiser dans des fonds déjà existants, comme près de 11 milliards d'euros destinés aux banques grecques et non utilisés.

Y.D. avec AFP