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Grèce: la BCE hausse le ton et met la pression

La BCE a décidé de suspendre un régime de faveur accordé jusqu'ici aux banques grecques.

La BCE a décidé de suspendre un régime de faveur accordé jusqu'ici aux banques grecques. - Angelo Tzortzinis - AFP

Coup de tonnerre hier à Francfort : la Banque Centrale Européenne a décidé de ne plus accepter la dette grecque, ni la dette bancaire garantie par le pays, comme garantie de prêt.

Une décision technique, mais lourde de sens. La Banque Centrale Européenne a décidé hier de couper un des canaux de financement majeurs du secteur bancaire grec, à savoir les liquidités qu’elle lui met à disposition. Depuis la crise de 2011, et le premier règlement des problèmes de dette grecque, la BCE avait autorisé les banques du pays a lui apporter en garantie des obligations d’état grecques pour pouvoir obtenir de l’argent frais, et ainsi continuer à financer l’économie en évitant une paralysie du système financier. Mais la BCE vient donc de décider d’en finir avec cette facilité exceptionnelle. 

Elle ne laisse pas pour autant le système bancaire grec sans aucune source de liquidité supplémentaire, celui-ci peut toujours avoir recours à un autre circuit, appelé ELA. Il est alimenté directement, et à discrétion, par la Banque Centrale Grecque, et reste disponible pour gérer les cas d’urgence. La BCE a la possibilité de décider d’en réduire l’accès, ou même de l’interrompre, mais elle ne l’a pas fait hier. Reste qu’elle a tout de même retiré la plus directe et la plus efficace des perfusions.

Argument réglementaire 

La décision peut sembler sévère, mais la BCE l’argumente en revenant strictement à ses règles de fonctionnement. Impossible d’accepter plus longtemps les titres de dette d’un pays en négociation sur son rééchelonnement, tant que la question n’est pas réglées définitivement. En clair, pas possible de charger son bilan avec des actifs d’un pays qui ne sait pas encore de manière certaine où il va. 

Un coup de force sans doute nécessaire d’une BCE préoccupée par le ballet diplomatique qui a lieu en ce moment, cette forme de Road-Show organisée par le nouveau pouvoir grec, qui a tendance à euphoriser un peu la sphère économique et les marchés financiers. 

Le message est clair : au-delà des messages apaisants, il y a des échéances à tenir (le système de reversement des retraites sera à court d’argent fin mars, entre autre exemple) et un nouveau calendrier de dette à fixer précisément. Au-delà des belles images apaisantes, un nouveau deal doit être trouvé, avec l’économie et ses lois comme priorité, plus que la diplomatie ou la tactique politique.​

Antoine Larigaudrie