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François Fillon au défi de durer

Il y a la "science-fiction", qu'il repousse, et le vérisme, qu'il cultive : trois ans après sa nomination à Matignon, le 17 mai 2007, le sort de François Fillon se dessine dans cet entre-deux. Entre la "science-fiction" - ce sont ses termes - d'une candid

Il y a la "science-fiction", qu'il repousse, et le vérisme, qu'il cultive : trois ans après sa nomination à Matignon, le 17 mai 2007, le sort de François Fillon se dessine dans cet entre-deux. Entre la "science-fiction" - ce sont ses termes - d'une candid - -

par Sophie Louet PARIS - Il y a la "science-fiction", qu'il repousse, et le vérisme, qu'il cultive : trois ans après sa nomination à Matignon, le...

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Il y a la "science-fiction", qu'il repousse, et le vérisme, qu'il cultive : trois ans après sa nomination à Matignon, le 17 mai 2007, le sort de François Fillon se dessine dans cet entre-deux.

Entre la "science-fiction" - ce sont ses termes - d'une candidature à la présidentielle de 2012 malgré des sondages favorables, et une impérieuse réalité économique qui lui impose son meilleur rôle avant d'autres destinées, peut-être.

Le redressement de la France, c'est "l'oeuvre d'une vie", a-t-il déclaré un jour.

La crise fut l'une des clés de la longévité de François Fillon et le reste, paradoxalement, jusqu'à ce que le jeu politique en décide autrement.

La lenteur de la reprise conforte son statut de gardien de l'orthodoxie budgétaire dont les Français lui savent gré dans les enquêtes d'opinion sur le couple exécutif, qui le placent toujours devant Nicolas Sarkozy.

"Un déficit, vous mettez Fillon en face, c'est moins grave", résumait un ministre au plus fort de la crise.

La rectitude - et non la "rigueur"! -, la persévérance réformiste, le "courage" du diagnostic, de l'Etat "en faillite" aux mesures d'austérité du budget 2011-2013, ce sont autant des traits relevés dans les sondages. "Fillon rassure, il est sérieux", avance un militant UMP.

"PARTIR APRÈS"

Le chef du gouvernement est crédité de 65% d'opinions positives dans le dernier baromètre Ifop pour Paris Match et la déroute de la majorité aux élections régionales des 14 et 21 mars n'a que peu entamé sa cote.

Rompu aux spéculations sur la durée de son mandat, le chef du gouvernement est désormais clairement tributaire d'un calendrier fixé par le chef de l'Etat. Un collaborateur ne le sent pas "anxieux" à ce sujet.

Dans son interview du 12 mars au Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy a renvoyé un remaniement gouvernemental d'ampleur à l'automne, après la réforme des retraites.

Faut-il en déduire nécessairement que l'avenir de François Fillon est lié à cette réforme phare? Les avis divergent au sein du gouvernement.

"L'opinion publique comprendrait mal que Nicolas Sarkozy se débarrasse de Fillon une fois la réforme des retraites accomplie", analyse un ministre.

Un autre précise : "On est plusieurs à penser qu'il n'est pas évident qu'il y ait une seule solution qui consiste à changer Fillon". Selon lui, un changement de Premier ministre avant les cantonales de mars 2011 pourrait être malvenu.

Mais cet autre membre du gouvernement observe que "Fillon ne fait l'unanimité" au sein de son équipe.

Un conseiller du Premier ministre estime pour sa part que "ça peut être bien de réussir la réforme des retraites et de partir après", quitte à retarder l'échéance.

Ceci expliquerait la discrétion relative du Premier ministre, artisan de la loi de 2003, dans le processus actuel...

Le même conseiller : "Le Premier ministre ne sera pas absent de la réforme, il y a une répartition des rôles". Mais "sachant son sort lié au dénouement de la réforme, cela expliquerait qu'il ne veuille pas trop s'en occuper et qu'il attende", glisse-t-il avec malice.

POMPIDOU

"Nicolas Sarkozy veut faire porter les retraites à Fillon. (...) Fillon a compris et ne joue pas ce jeu-là", décrypte un haut responsable de l'UMP.

L'intéressé, fidèle à sa discrétion, ne laisse rien percer de ses sentiments et de ses projets et continue de rejeter avec une distance philosophique, parfois feinte, les scénarios le concernant.

"Les commentateurs sont formidables. Il y a deux ans, j'étais inexistant, il y a six mois, j'étais sur le point de démissionner et aujourd'hui, je suis présidentiable", commentait-il le 9 mars sur France 2.

Le 25 mars au Sénat, il niait solennellement toute rivalité avec le chef de l'Etat. Et nombreux sont les ministres à démentir toute "tension" entre les deux têtes de l'exécutif.

Alors, la présidentielle 2017? "Fillon n'aime pas les paris sur le long terme, il n'avance que lorsque son chemin est sûr", explique un proche.

Une enquête Ipsos publiée début mars par Le Point sous le titre "Le président Fillon" l'intronisait dans le club des présidentiables et le consacrait meilleur recours à droite en cas de désistement de Nicolas Sarkozy pour 2012.

Perspective si improbable qu'elle pourrait décider in fine du terme du mandat du Premier ministre. Là encore, les opinions s'affrontent sur l'"énigme" Fillon.

"Lorsque Nicolas Sarkozy dit 'on fera de la politique' à partir de 2011, 'on' est un 'je' et une personnalité comme Christine Lagarde, pas aussi marquée politiquement, serait bien placée pour gérer Matignon", avance un conseiller de Matignon. En clair, ne pas faire de l'ombre au chef de l'Etat.

Un ministre corrige : "Nicolas Sarkozy serait un peu moins 'tout nouveau tout beau' pour 2012 s'il nommait un nouveau Premier ministre qui retiendrait toute l'attention médiatique".

Et de mettre en garde : "Ça lui a coûté cher au général de Gaulle de s'être débarrassé de Pompidou".

Premier ministre de la Ve République resté à ce jour le plus longtemps en exercice - cinq gouvernements - de 1962 à 1968, Georges Pompidou fut élu président de la République en juin 1969.

Avec la contribution d'Emmanuel Jarry, édité par Yann Le Guernigou