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Pour Bruno Le Maire, la politique du gouvernement fera de la France "la première" économie d'Europe

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire.

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire. - Éric Piermont - AFP

Le ministre de l'Économie s'est félicité des premiers résultats des réformes entreprises par le gouvernement et estime qu'il faut les poursuivre, voire même accélérer la cadence. En ciblant l'innovation, qui devrait participer à la réindustrialisation du pays, il est convaincu que la France pourra dépasser l'Allemagne d'ici 15 ans.

Bruno Le Maire ne manque pas d'ambition pour la France. S'exprimant lors d'un séminaire rassemblant des économistes, dont le prix Nobel Jean Tirole, le ministre s'est dit convaincu qu'en tenant le cap des réformes, la France deviendra la première économie du continent dans 15 ans. Les Allemands sont prévenus.

À une époque encore pas si éloignée, la France tenait ce rang. Bruno Le Maire l'a rappelé ce vendredi, il y a 20 ans, l'économie tricolore était au moins comparable si ce n'est plus performante que celle de l'Allemagne. Depuis, "il y a eu un effondrement économique français", juge le patron de Bercy, rejetant la faute sur ses prédécesseurs, qui n'auraient "pas pris les bonnes décisions", ni pris la dimension des mutations économiques de leur époque. 

Ces bonnes décisions, quelles sont-elles aujourd'hui? Plus de redistribution? Surement pas, à écouter Bruno Le Maire. "Ce n'est pas parce qu'on aura été prendre un peu plus d'argent aux riches qu'on aura amélioré la situation de ceux qui souffrent", a-t-il lancé. "Une des vraies réponses à la crise des gilets jaunes, c'est la réindustrialisation de notre pays" et pour y parvenir, le ministre a livré sa formule: "Plus de travail, plus d'investissement, plus de recherche, plus de compétitivité".

"Poursuivre" et même "accélérer" les réformes

Ce mantra résume les objectifs des politiques menées par le gouvernement depuis maintenant près de deux ans, à savoir: les ordonnances loi travail et le plan d'investissement pour les compétences, la loi Pacte censée faire croître les PME, et la très controversée réforme fiscale, avec sa suppression de l'ISF qui "n'est pas un cadeau aux riches" mais "à l'investissement", a insisté Bruno Le Maire.

Ces politiques "donnent des résultats", assure le ministre, qui attribue aux décisions du gouvernement la baisse du chômage, la bonne résistance de la croissance au ralentissement mondial et l'arrêt des destructions d'emplois dans l'industrie. "Raison de plus à mes yeux pour poursuivre ces réformes", en a-t-il conclu. Les poursuivre: en redressant les finances publiques, en mettant l'accent sur l'innovation, qui "fera la différence entre les nations vaincues et les nations vainqueurs du XXIe siècle", et en portant une politique industrielle à l'échelle européenne. Sans oublier les dossiers en cours, notamment la réforme des retraites, de l'assurance chômage, de la fonction publique, de la zone euro... "Il ne faut pas ralentir, il faut accélérer", a martelé le ministre, avant d'ajouter:

"La conviction que j'ai, chevillée au corps, c'est que si nous prenons [...] tout de suite les bonnes décisions, que nous poursuivons la politique économique sur laquelle le président de la République a été élu il y a maintenant deux ans, la première nation économique en Europe dans 15 ans, ce sera la France."

L'innovation ne se diffuse pas dans l'économie

Cette annonce de Bruno Le Maire risque sans doute de faire sourire les plus septiques. Le patron de Bercy a en tout cas raison de choisir le temps long pour atteindre son objectif, car la formation et l'investissement sont certes des leviers essentiels pour dynamiser l'économie française, mais dont les effets prennent plusieurs années à apparaître. 

Surtout, le choix du gouvernement de mettre le paquet sur l'investissement est une condition nécessaire, mais pas suffisante pour améliorer la compétitivité de l'économie française. Les politiques menées sur la dernière décennie, comme le crédit impôt recherche ou le CICE, ont visé le même objectif. La France a déjà un niveau élevé d'investissement, qui est même proportionnellement supérieur à l'Allemagne, mais ça ne se voit pas dans les performances économiques, que ce soit le niveau des exportations tricolores ou le chômage. 

En réalité, l'innovation ne se diffuse pas dans le tissu productif en France. Des études, de l'OCDE notamment, relèvent plusieurs facteurs explicatifs, comme le fait que les PME sont à la traîne dans leur digitalisation et que beaucoup d'adultes ne maîtrisent pas le numérique. La qualité du management est aussi moins bonne en France. Les règles de la concurrence doivent être revue. Bref, il existe tout un tas de raisons pour expliquer ce phénomène, certaines, comme le caractère inégalitaire du système éducatif, fait l'unanimité chez les économistes, mais d'autres ne sont pas encore clairement identifiées. Si bien qu'il est aujourd'hui difficile de définir quelle politique industrielle serait à coup sûr efficace. 

Jean-Christophe Catalon