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La France est (après la Hongrie) le pays développé où l'ascenseur social fonctionne le plus mal

En France, "l'influence du milieu social sur les performances scolaires est parmi les pays élevés des pays de l'OCDE".

En France, "l'influence du milieu social sur les performances scolaires est parmi les pays élevés des pays de l'OCDE". - Frederick Florin - AFP

La France souffre davantage d'une inégalité des chances que d'une redistribution insuffisante, selon deux économistes de l'OCDE, qui plaident pour une réforme du système éducatif.

Plus de justice. C'est ce que réclament les gilets jaunes, tout comme les Français qui s'expriment dans les cahiers de doléances, d'après les premiers retours du terrain. De la justice fiscale, mais aussi de la justice sociale et entre les territoires. 

Les Français ont de quoi hausser le ton sur ces sujets. Dans un post de blog publié lundi, deux experts de l'OCDE, dont la chef économiste Laurence Boone, font le constat que la France souffre "non pas d'une trop faible redistribution, mais d'une inégalité des chances" qui perpétue les inégalités économiques et sociales "de génération en génération".

Aujourd'hui, en France, il faut en moyenne six générations pour qu'une personne issue d'une famille parmi les plus pauvres atteigne le revenu moyen. C'est le score le plus mauvais de l'OCDE. Seule la Hongrie fait pire. "L'ascenseur social est en panne", pointent les économistes de l'OCDE, et cette panne frappe non seulement les plus pauvres, mais aussi "en partie les classes moyennes".

Les auteurs peignent un tableau noir des inégalités sociales en France. L'origine sociale et géographique d'une personne détermine fortement ce que seront ses opportunités d'emploi et son niveau de vie.

La solution: réformer le système éducatif

La spirale infernale commence dès le berceau, avec un accès moindre pour les plus pauvres aux crèches et halte-garderie, des lieux qui jouent un rôle important pour l'éveil et la socialisation des enfants en bas âge. Elle se poursuit à l'école. La France fait partie des pays où l'on compte le plus d'élèves ayant de faibles compétences en compréhension de texte et en maths, alors que "l'influence du milieu social sur les performances scolaires est parmi les plus élevés des pays de l'OCDE", rappellent les auteurs.

Le niveau d'études vient à son tour conditionner l'accès à l'emploi. Sur ce terrain, la France cumule les mauvaises notes. Son taux d'emploi des jeunes sortis du système éducatif est parmi les plus faibles d'Europe, seules la Grèce et l'Italie font pire. Elle compte "une part plus importante que la moyenne de l'UE" de jeunes sans formation ni emploi. 

Arrivé à l'âge adulte, les opportunités ne sont pas plus nombreuses. Faute d'un système de formation professionnelle adéquat, la part des adultes faiblement qualifiés est parmi les plus élevés des pays de l'OCDE. Paradoxalement, "les peu diplômés ont 50% moins de chances" d'avoir accès à une formation que les autres et le taux de participation est, lui aussi, parmi les plus faibles des pays de l'OCDE. "Les récentes réformes visent à changer cela mais de gros efforts restent à faire", pointent les auteurs.

"La redistribution [...] est un outil puissant de réduction des inégalités de revenus, mais les inégalités d'opportunité sont importantes", soulignent les deux économistes de l'OCDE pour qui "l'urgence de redonner la possibilité à chacun de réussir passera d'abord par une réforme du système d'éducatif".

Jean-Christophe Catalon