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Episode de gel: vers une baisse de 30% de la production de vin cette année

Des bourgeons de vigne endommagés par le gel dans un vignoble de Côte Rôtie, le 12 avril 2021 à Ampuis

Des bourgeons de vigne endommagés par le gel dans un vignoble de Côte Rôtie, le 12 avril 2021 à Ampuis - PHILIPPE DESMAZES © 2019 AFP

Selon l'organisme public FranceAgrimer, ce sont 15 millions d'hectolitres en moins qui ne seront pas mis en bouteille cette année.

Une semaine après l'épisode de gel massif qui a touché la France, les producteurs continuent à évaluer les dégâts. Du côté des vignes où 80% des vignobles ont été touchés, la perte de 30% environ de la production annuelle semble se confirmer.

Selon l'organisme public FranceAgrimer, ce sont 12,5 à 15 millions d'hectolitres en moins qui ne seront pasmis en bouteille cette année pour un total de 32 millions d'hectolitres. Ces pertes réduiraient la production de 28% à 32% par rapport au volume moyen des dernières années, a précisé Ygor Gibelind, délégué de FranceAgrimer pour la filière viticole et cidricole, cité par l'agence Reuters.

Il y a une semaine, Jean-Marie Barillère, président du Comité National des Interprofessions des Vins prévenait déjà: "la récolte est complètement amputée. On sait déjà qu'on va avoir une très faible récolte en 2021".

2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en moins

Et la FNSEA tablait sur une perte similaire, soit un tiers de la production viticole française qui "sera perdu" à cause de l'épisode de gel, soit "à peu près deux milliards d'euros de chiffre d'affaires en moins" pour la filière.

"Les estimations de pertes par les professionnels semblent cohérentes avec celles de nos services", indique le cabinet du ministre de l'Agriculture.

La récolte moyenne des cinq dernières années s'établit à 44,5 millions d'hectolitres. En 2017, année de gel également, elle avait été de 37,6 millions d'hectolitres. En 2020, année très favorable sur le plan de la météo, elle avait atteint 46,7 millions d'hectolitres.

Ce recul historique ne sera pas homogène. Michaël Gerin, président de l'appellation Côte-Rôtie évalue ainsi ses pertes de production à "80, voire 100%".

Pour Côtes-Roties c'est entre 80 et 100% de pertes pour la prochaine récolte. C'est vraiment catastrophique et en même temps inédit. Mon père ne l'a jamais vu et mon grand-père ne s'en rappelle à peine la dernière fois que c'est arrivé", explique-t-il sur BFM Lyon.

"Ce sera la plus petite récolte des Côtes du Rhône de ces quarante dernières années", complète auprès de l'AFP Philippe Pellaton, président d'Inter-Rhône, qui évalue à "environ 80 à 90%" les pertes subies sur les appellations de la Vallée du Rhône (près de 68.000 hectares).

Prudence

"Le phénomène a touché presque l'intégralité du territoire, ce qui est très rare. Ca n'était pas arrivé depuis des dizaines d'années. Normalement, on a des épisodes de gel bien plus localisés", ajoute le responsable, qui prévient: "les viticulteurs sont catastrophés, abattus".

Pour autant, certains experts veulent se montrer prudents. Ils expliquent qu'il faut attendre que la vigne pousse pour évaluer concrètement les dégâts et faire des prévisions: un pied peut encore présenter des bourgeons sains et la présence de contre-bourgeons est également source d'espoir.

Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé samedi un milliard d'euros d'aides pour les agriculteurs (viticulteurs, arboriculteurs, betteraviers notamment) touchés par l'épisode de gel intense qui a frappé le pays en avril.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business