BFM Business

Comment l'arrivée d'un enfant accroît les différences salariales entre hommes et femmes

Une mère perd en moyenne 25% de ses revenus cinq ans après la naissance d'un enfant

Une mère perd en moyenne 25% de ses revenus cinq ans après la naissance d'un enfant - FRED TANNEAU / AFP

Selon l'Insee, cinq ans après la naissance de leur premier enfant, les salariées se retrouvent avec une rémunération réduite de 25%. Et le sacrifice financier est encore plus important pour les 5% des mères de famille les moins bien payées.

C’est la double peine. Alors que les écarts de salaires entre les hommes et les femmes atteignent déjà près de 24% (9% à travail égal et compétence égale), les inégalités se renforcent à l’arrivée d’un enfant. Souvent contraintes de réduire leur activité (passage à temps partiel) voire de l’interrompre, les mères ont subi une baisse de leurs revenus salariaux (ensemble des salaires nets perçus au cours d'une année) de 25% en moyenne, cinq ans après la naissance, par rapport à la situation dans laquelle elles n’auraient pas eu d’enfant, selon la dernière enquête de l’Insee publiée ce jeudi.

"Des pertes de même ordre de grandeur, voire plus importantes, s’observent également à l’occasion d’un deuxième ou troisième enfant", explique l’institut de la statistique. Celles-ci peuvent alors atteindre jusqu’à 50% dans le premier cas et 57% dans le second.

Près de 40% de revenus en moins pour les mères aux salaires les plus faibles

Surtout, d’importantes disparités existent en fonction du niveau du salaire horaire. Ainsi, la perte de rémunération atteint jusqu’à 38% pour les 5% des mères les moins bien payées, alors qu’elle est presque négligeable pour les 5% les mieux payées.

Cela s’explique en partie par la difficulté des mères payées au Smic d’assumer le coût de la garde d’enfant. Elles sont de fait davantage contraintes d’interrompre leur activité que celles aux revenus les plus élevés. "La probabilité qu’une mère située en bas de la distribution continue son activité deux ans après l’arrivée d’un premier enfant est inférieure de 17% à celle qui prévaudrait en l’absence d’enfant", ajoute l’Insee.

Par ailleurs, les salariées les mieux rémunérées sont celles pour lesquelles les incitations à la réduction d’activité sont les plus faibles, "car le coût d’opportunité d’une réduction ou d’une interruption d’activité est plus élevé pour elles que pour les autres", souligne l’institut de la statistique.

Situation inchangée pour les hommes

En revanche, aucun écart significatif n’est observé chez les pères, leur revenu restant quasiment inchangé qu’ils aient ou non un enfant.

Les hommes appartenant aux 5% des salariés les mieux rémunérés voient même leur revenu progresser de 17%, cinq années après la naissance de leur premier enfant car ils augmentent leur activité. Un phénomène qui contribue à renforcer les écarts de trajectoires salariales entre les femmes et les hommes.

Paul Louis