BFM Business

Sapin et Montebourg vont à Berlin séparément

Un déplacement "conjoint" qui se fait séparément

Un déplacement "conjoint" qui se fait séparément - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Les deux nouveaux locataires de Bercy rencontrent tous leurs homologues allemands ce lundi 7 avril. Mais chacun y va séparément...

Michel Sapin et Arnaud Montebourg ne paseront sans doute pas leurs vacances ensemble, mais ils ont déjà du mal à prendre le même avion.

A peine nommés, les deux locataires de Bercy effectuent lundi 7 avril leur premier déplacement à Berlin.

Officiellement, il s’agit d’un "déplacement conjoint". Mais en pratique, chacun a un agenda différent. Le matin, le nouveau ministre des Finances rencontrera son homologue Wolfgang Schaüble. Pour sa part, le nouveau ministre de l’Economie arrivera à 12h30 et s’entretiendra avec le ministre de l’Economie et de l’Energie Sigmar Gabriel.

Aucune activité commune ne figure dans le programme prévisionnel diffusé par Bercy.

La configuration est inédite pour la France, habituellement représentée par un ou une ministre de l'Economie et des Finances. Le nouveau tandem est calqué sur le modèle allemand, qui fonctionne dans une certaine harmonie, grâce à la stricte séparation des pouvoirs entre deux ministères confiés à des partis différents, voire adversaires.

La visite à Berlin est un passage obligé pour tout locataire de Bercy. C'est le premier déplacement qu'avait fait le précédent détenteur du poste, Pierre Moscovici, en 2012.

Pas de discussion sur le déficit

Michel Sapin a déclaré qu'il n'évoquerait pas la question d'un nouveau délai pour ramener le déficit public français à 3% du PIB avec Wolfgang Schäuble.

Il avait annoncé, peu après la prise de ses nouvelles fonctions, que la France souhaitait "discuter" du rythme de réduction de son déficit public. Arnaud Montebourg a insisté de son côté sur la nécessité de réorienter les politiques européennes et de combattre "toute forme de déflation, de récession et d'austérité."

Cité par le Journal du Dimanche, Michel Sapin a déclaré: "je ne vais pas en Allemagne pour demander des délais. Je ne parlerai pas de cela".

"Les engagements de baisse du déficit et des prélèvements seront tenus. Nous réduisons les dépenses et les impôts, cela facilite la discussion", indique au journal une source proche de Bercy.

L'entourage de Michel Sapin a précisé à l'AFP que "c'est à Bruxelles que ces discussions doivent être menées", tandis que lundi il s'agira d'approfondir la relation avec M. Schäuble, de promouvoir le "Pacte de responsabilité" de François Hollande (baisses de charges, réduction des dépenses) et d'aborder d'autres thématiques (taxe sur les transactions financières, union bancaire).

Selon cette source, le mot "déficit" n'a pas été prononcé vendredi dans un entretien téléphonique entre MM. Sapin et Schäuble, qui s'est déroulé en français.

Réactions néagtives en Europe

Les propos de Michel Sapin sur une renégociation du rythme de la consolidation budgétaire en France ont suscité de nombreux commentaires négatifs en Europe.

"La France doit respecter les mêmes règles que Chypre, que Malte, que tous les autres", a déclaré samedi l'ancien Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, candidat du Parti populaire européen (PPE) à la présidence de la Commission européenne.

Mauvais souvenir de Monebourg

Le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, a de son côté déclaré à la Frankfurter Allgemeine Zeitung que la volonté de la France de renégocier ses engagements était un "acte grave" de la part d'un pays qui devrait montrer l'exemple à l'Europe. 

Il a affirmé: "il faut que la Commission européenne fasse respecter les règles de manière stricte, et qu'elle soit soutenue".

"Nous devrions rappeler la France à ses responsabilités", a-t-il dit en écho aux propos tenus dans le même journal par le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, le Finlandais Olli Rehn, qui a jugé que les règles communautaires n'étaient "pas faites pour être contournées".

"Nous faisons confiance à la France pour respecter ses engagements, elle est consciente (...) de sa responsabilité dans le fonctionnement du Pacte" de stabilité, traité fixant les contraintes budgétaires en zone euro, a averti vendredi le porte-parole de Mme Merkel.

Les Allemands sont aussi sur leurs gardes face à Arnaud Montebourg, connu pour avoir comparé Angela Merkel à l'autoritaire chancelier prussien Bismarck, et qui veut "changer l'Europe".

J. H. avec AFP et Reuters