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Retraites: vers un déficit de 72 à114 milliards par an en 2050

DÉFICITS DES RETRAITES EN 2050

DÉFICITS DES RETRAITES EN 2050 - -

PARIS - Le Conseil d'orientation des retraites a présenté ce mercredi des prévisions de déficits compris entre 72 et 114 milliards d'euros par an...

par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Les lignes de fracture sur la future réforme des retraites s'affirment en France, où de nouvelles prévisions font craindre un effondrement du système.

Si rien n'est fait, le déficit annuel des régimes passerait de quelque 30 milliards d'euros cette année à environ 40 en 2015 et 72 à 114 milliards en 2050, selon les projections du Conseil d'orientation des retraites (Cor) présentées mercredi.

Face à ces perspectives, le gouvernement a confirmé qu'il privilégiait un allongement de la durée du travail à une hausse des prélèvements, demandée par les syndicats et la gauche.

"Quand vous vivez plus longtemps, vous devez passer plus de temps au travail", a dit le ministre du Travail, Eric Woerth, qui veut présenter la réforme en septembre au Parlement.

Pour ce faire, il n'exclut ni de relever l'âge légal de la retraite, actuellement de 60 ans, ni d'allonger à nouveau la durée de cotisation nécessaire pour toucher une pension complète (41 ans en 2012), ni de combiner les deux.

"Nous sommes obligés d'agir, sinon notre système de retraite s'effondrera sous les poids des déficits", a insisté mercredi le Premier ministre, François Fillon.

Les syndicats ont dit qu'ils s'opposeraient à toute réforme qui pèserait uniquement sur les salariés et les fonctionnaires.

La quasi-totalité des syndicats s'oppose au relèvement de l'âge légal - le seul qui l'envisage le conditionnerait à une hausse du taux d'emploi des seniors - tout comme le Parti socialiste, les communistes et le Parti de gauche.

Opposés ou très réservés sur un allongement de la durée de cotisation pour une pension complète, tous demandent au gouvernement de trouver de nouvelles ressources.

"NOUS NE FABRIQUONS PAS DES ÉPOUVANTAILS"

Eric Woerth n'exclut pas quelques ajustements mais s'est opposé à toute hausse d'impôts et à toute augmentation générale des cotisations, une option également rejetée par le patronat.

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, a proposé mercredi d'élargir l'assiette des cotisations, de supprimer des dispositions fiscales qui amputent les recettes, et de créer une surtaxe de 10% de l'impôt sur les sociétés acquitté par les banques.

La CGT estime pour sa part possible de trouver 100 milliards d'euros à l'horizon 2050 grâce à une contribution de 8,2% sur les revenus financiers des entreprises, la suppression d'exonérations et d'exemptions, et une modulation des cotisations patronales selon la part des salaires dans la valeur ajoutée et le comportement de l'entreprise en matière d'emploi.

Le numéro un de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, a jugé lundi possible de trouver sans trop de difficultés une vingtaine de milliards d'euros de financement nouveaux.

Les syndicats et la gauche ont d'autre part relativisé les prévisions présentées par le Cor, une instance qui associe partenaires sociaux, parlementaires, représentants de l'Etat et experts, en soulignant que les nouveaux chiffres confortaient le gouvernement.

Jean-Luc Mélenchon, fondateur du Parti de gauche, dénonce dans un billet publié sur son blog une "grotesque campagne d'affolement".

"Dire que l'on calcule pour 2050 c'est comme si on affirmait qu'en 1970 on aurait pu prévoir l'état de la société en 2010", écrit le député européen, qui dénonce une opération de "propagande".

Le président du Cor, Raphaël Hadas-Lebel, s'est défendu de toute intervention dans le débat politique.

"Nous ne cherchons pas à fabriquer des épouvantails, nous avons décrit, aussi honnêtement que possible et sans dissimuler les incertitudes de l'exercice, la réalité telle que nous la voyons", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

Le Cor présentera début mai des simulations, qui devraient provoquer d'importants débats, d'impact sur les perspectives financières de la modification de paramètres comme l'âge légal ou la durée de cotisation pour une pension complète.