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Investissements d'avenir: Juppé et Rocard démissionnent

Alain Juppé (à gauche) et Michel Rocard (à droite) co-présidaient tous les deux le conseil de surveillance du Programme d'investissement d'avenir.

Alain Juppé (à gauche) et Michel Rocard (à droite) co-présidaient tous les deux le conseil de surveillance du Programme d'investissement d'avenir. - -

Les deux coprésidents du conseil de surveillance du Programme d'investissements d'avenir ont annoncé, ce mardi 22 avril, leur démission, dans une lettre adressée au Premier ministre. Ils regrettent que la tutelle de ce programme soit passée de Matignon à Bercy.

Deux grands noms de la politique française rendent leur tablier. Dans une lettre adressée au Premier ministre et rendue publique ce mardi 22 avril, les ex-Premier ministres Alain Juppé et Michel Rocard, jusqu'à présent tous deux coprésidents du Programme d'investissements d'avenir (PIA), ont annoncé leur démission.

Les deux hommes regrettent que ce vaste plan d'investissements publics, dont ils sont les inspirateurs, soit désormais confié au ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, alors qu'il était auparavant placé sous l'autorité directe de Matignon.

Ce changement de tutelle officialisé dans un décret du 16 avril, s'il répond à un "souci de cohérence", "pose quelques problèmes collatéraux graves" dont "la solution ne paraît pas pouvoir relever d'un ministre" seul, selon eux. Les deux anciens chefs de gouvernement soulignent que le PIA "possède une forte dimension interministérielle" dépassant le seul cadre de Bercy.

Un changement de tutelle problématique

Par ailleurs, ils rappellent que le programme a un "caractère extrabudgétaire". Or s'il est sous la tutelle du seul ministre de l'Economie, ce dernier "sera beaucoup plus soumis que ne l'est le Premier ministre à la pression de ses collègues" pour puiser dans les deniers du PIA afin de compenser des mesures de réduction de la dépense publique au détriment de tel ou tel ministère.

Enfin, Alain Juppé et Michel Rocard soulignent la dimension européenne du nombre de projets menés sous l'égide du PIA, laquelle rend nécessaire selon eux une "pérennité" vis-à-vis des partenaires européens, qui ne serait plus garantie à la suite de ce changement de tutelle.

"Dans ces conditions, estimant ne pas pouvoir poursuivre notre mission, nous avons le regret de vous présenter conjointement notre démission", concluent-ils, non sans souhaiter "bonne chance au ministre de l'Economie".

J.M. avec AFP