BFM Business

Impôts: la promesse de Hollande risque de virer au casse-tête budgétaire

François Hollande multiplie les cadeaux

François Hollande multiplie les cadeaux - Stéphane de Sakutin - AFP

Le président de la République a promis dans une interview aux Échos une nouvelle baisse d'impôts de 2 milliards d'euros si la croissance s'élevait à 1,7% l'an prochain. Un nouveau cadeau pré-électoral qui risque d'empêcher l'exécutif d'atteindre ses objectifs de déficit.

François Hollande continue de se montrer bien généreux à l'approche de 2017 et de la présidentielle. Dans une interview aux Échos du jeudi 30 juin, le président de la République précise une promesse qu'il avait déjà faite au début de l'année: si la croissance s'élève à 1,7% l'an prochain, alors une nouvelle baisse d'impôts, à hauteur de 2 milliards d'euros, sera décidée.

Un geste fiscal qui devrait cibler les classes moyennes et dont le président de la République veut croire à la réalisation puisqu'il est lui-même convaincu que "notre croissance sera supérieure à 1,6% cette année", malgré l'impact du Brexit. Pas forcément l'avis de l'Insee qui table sur 1,6% de croissance pile et s'inquiétait, il y a deux semaines, des possibles répercussions du Brexit sur sa propre prévision.

Les doutes de la Cour des comptes

Outre ce petit bémol, cette déclaration de François Hollande survient quelques heures après que la Cour des comptes a tiré la sonnette d'alarme, craignant que les objectifs de déficit ne soient pas respectés.

Depuis le début de l'année, le chef de l'État a en effet multiplié les cadeaux pré-électoraux, susceptibles de creuser quelque peu le budget. Plan pour l'emploi et la formation (1,6 milliard d'euros), aides aux agriculteurs (825 millions), mesures pour les lycéens et les étudiants (entre 400 et 500 millions), revalorisation du point d'indice des fonctionnaires (600 millions mais 2,4 milliards d'euros à partir de 2017), hausse de la prime pour les instituteurs et revalorisation des carrières d'enseignants (800 millions pour les deux mesures en 2017), rétropédalage sur des annulations de crédit pour la Recherche (134 millions) et réduction des baisses de dotations aux collectivités locales (1,6 milliard)... La liste commence à être très longue.

Les Sages de la Cour des comptes y font d'ailleurs référence dans leur avis. Pas tant pour 2016 dont ils estiment que l'objectif de déficit (3,3% du PIB) est "atteignable". Ils sont plus sceptiques pour 2017 où la marche à grimper est bien plus haute, à 2,7% du PIB. Un objectif qui "a un risque élevé de ne pas être atteint", considèrent les Sages qui ajoutent que les gestes de François Hollande annoncés depuis le début de l'année vont entraîner une hausse des dépenses de 0,3% de PIB l'an prochain, soit 6 milliards d'euros. Ce qui est évidemment sans compter les 2 milliards d'euros de baisses d'impôts qui, certes, sont encore hypothétiques.

Le président de la Commission des Finances de l'Assemblée nationale Gilles Carrez (Les Républicains), craignait même que les dépenses nouvelles atteignent 8 à 10 milliards d'euros en 2017.

François Hollande a répondu mercredi aux critiques de la Cour des comptes en ironisant. "C'est sa fonction de douter. La Cour des comptes doute, donc elle est", a-t-il affirmé. Avant de redevenir plus sérieux, assurant qu'avec 1,7% de croissance et la poursuite de "nos efforts en matière de maîtrise de la dépense publique", l'objectif de 2017 serait tenu "malgré un certain nombre de distributions qu'[il a lui-même] assumées". Aux Échos, François Hollande rappelle qu'en 2015, le gouvernement a fait mieux que prévu sur le déficit (3,6% au lieu de 3,8%).

Sauf que le gouvernement a depuis de nombreux mois bénéficié de taux d'emprunt sur les marchés exceptionnellement bas, ce qui avait permis de dégager d'importantes économies en 2015. Taux qui risquent de remonter en 2017. Dans le même temps, la prévision d'inflation pour 2017 (1%) a elle aussi de bonnes chances de ne pas se réaliser, ce qui risque de diminuer les recettes fiscales...

Autant d'éléments qui font que la préparation du projet de loi de Finances pour 2017 s'apparente à une équation des plus compliquées. De longues nuits blanches sont à attendre du côté de Bercy cet été…