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Concurrence: "Les entreprises participent de plus en plus à la détection des cartels"

Bruno Lasserre, président de l'Autorité de la concurrence, était l'invité d'Hedwige Chevrillon dans Le Grand Journal le 8 juillet.

Bruno Lasserre, président de l'Autorité de la concurrence, était l'invité d'Hedwige Chevrillon dans Le Grand Journal le 8 juillet. - BFM Business

Le président de l'Autorité de la concurrence, Bruno Lasserre, a expliqué sur BFM Business comment la délation a permis de prononcer pour plus de 1 milliard d'euros d'amende en 2014, un montant jamais atteint.

Année record en 2014 pour l'Autorité de la concurrence. L'administration, chargée notamment de veiller à ce que les prix des produits ne soient pas biaisés par des négociations secrètes entre concurrents, a prononcé l'an dernier pour plus d'un milliard d'euros de sanctions envers différents cartels. Un montant jamais-vu, dévoilé à l'occasion de la publication du rapport annuel de l'organisation. 1,13 milliard de dollars pour être précis, contre 160 millions d'euros en 2013.

L'Autorité de la concurrence doit ces résultats exceptionnels à la possibilité qu'ont désormais les entreprises de dénoncer les ententes, quand bien même elles en feraient elles-mêmes partie. Cette procédure est de plus en plus utilisée, a reconnu sur BFM Business Bruno Lasserre, le président de l'institution, le 8 juillet.

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Cette procédure a notamment permis de démanteler le cartel des produits d'hygiène et d'entretien en 2014. Une affaire qui, à elle-seule, a occasionné une amende totale de 950 millions d'euros. Sur les treize entreprises concernées, les plus lourdement condamnées ont été L'Oréal (190 millions d'euros) et Unilever (172.500 millions d'euros). En revanche, SC Johnson et Colgate-Palmolive, qui ont dénoncé cette affaire, ont été respectivement exempté, et forcé de payer seulement une moitié de l'amende.

Bruno Lasserre rechigne à associer à ce programme le terme de "délation". Il préfère parle "d'entreprise qui participent à la détection", de "programme de clémence", qui "invite les entreprises à sortir de l'entente et à parler des faits, à nous informer de ces pratiques". Il "connaît un grand succès", se félicite-t-il. Et de lister "l'affaire des produits d'entretien, celle des produits laitiers en marque de distributeur, et d'autres encore".

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Souvent, c'est "à l'occasion de rachats que les entreprises viennent dénoncer les ententes dont elles ont fait partie". Quand un groupe rachète une autre cible et qu'il découvre le pot aux roses, "il nous en informe". Pourquoi? "Parce qu'il est tenu pour responsable de ces faits et devra payer l'amende, donc il prend souvent les devants en dénonçant l'existence de l'entente".

236 enquêtes, 2012 décisions fondées sur le droit européen à la concurrence: "nous sommes l'autorité la plus active en Europe après la Commission européenne, aussi bien en nombre d'enquêtes antitrust ouvertes qu'en nombre de décisions prises". Et ce "malgré des moyens faibles par rapport à nos homologues européens. Nous travaillons beaucoup".

N.G.