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Combien la dette grecque pourrait coûter aux Français

Chaque Français supporte les risques pris sur la dette grecque à hauteur de plus de 700 euros chacun

Chaque Français supporte les risques pris sur la dette grecque à hauteur de plus de 700 euros chacun - Louis Gouliamaki - AFP

L'arrivée au pouvoir de Syriza en Grèce pose la question de l'avenir de la dette du pays et du risque que pourraient avoir à supporter les contribuables français. Au pire, il en coûterait 727 euros par Français.

Après la victoire vient le temps des compromis pour Alexis Tsipras. Le jeune leader de Syriza, le parti de gauche anti-austérité, vient d'être nommé Premier ministre de la République de Grèce, ce lundi 26 janvier.

S'il arrive à former un gouvernement d'ici à mercredi, le nouveau chef de l'exécutif devra s'atteler à l'épineux sujet de la dette de son pays. A l'heure actuelle, la dette publique de la Grèce représente 320 milliards d'euros, soit 175% du PIB, ou, plus concrètement, 29.100 euros par habitant! 

Une dette "insoutenable"

"Le niveau d'endettement actuel de la Grèce est insoutenable, et les partenaires européens de la Grèce en sont probablement conscients", considère Jesus Castillo, économiste chez Natixis, spécialiste de l'Europe de Sud.

L'Europe, via les différents plans d'aide, porte une charge importante de cette dette: sur ces 320 milliards d'euros, l'Union européenne détient 142 milliards via son fonds de secours mis en place en 2012, le FESF (pour "fonds européen de stabilité financière").

A cela s'ajoute les 53 milliards d'euros de prêts consentis directement par chaque pays européen, ainsi que les 27 milliards d'euros d'obligations détenues par la BCE (voir graphique). 

Une exposition de 48 milliards d'euros

Mais quel est exactement le poids supporté par le contribuable français? Pour y répondre il faut raisonner par étape:

1> La France a tout d'abord déboursé pour 11,4 milliards d'euros de prêts bilatéraux accordés à la Grèce en 2010, dans le cadre du tout premier plan de sauvetage.

2> Ensuite, l'Hexagone garantit les fonds mis en jeu par le FESF à hauteur de 21,83%. Sur un total de quelque 142 milliards prêtés à la Grèce, le montant pris en charge par la France est de 31 milliards d'euros.

3> Enfin, dans le cas d'un scénario extrême, c'est-à-dire un défaut total de la Grèce avec aucun remboursement, la France devrait également recapitaliser la Banque centrale européenne, via la Banque de France. Paris renflouerait alors la BCE à hauteur de 21,8% (soit sa part dans le capital de la banque centrale) des 27,2 milliards en jeu, soit 5,93 milliards d'euros.

Au total, la France est ainsi exposée, dans le pire des cas, à hauteur de 48,3 milliards d'euros, soit 727 euros par habitant, ou environ 2,2% de son PIB. Evidemment ce montant de 48 milliards d'euros correspond à un scénario "catastrophe", dont la probabilité reste infime. Il faudrait que la Grèce décide de ne rien rembourser des montants en jeu et d'effacer complètement sa dette.

Des marges de manoeuvre limitées

Dans les faits, Syriza va davantage tenter de négocier une restructuration de la dette grecque. "La piste la plus probable serait alors d'allonger la maturité de la dette accordée à la Grèce par les créanciers européens, c'est-à-dire rallonger la durée des prêts octroyés", explique Thibault Mercier, économiste chez BNP Paribas, spécialiste des pays périphériques de la zone euro.

A ce moment, pour la France "il n'y aurait pas de perte sèche mais une perte en valeur actualisée: si vous avez une dette de 1 euro, celle-ci vaut plus si on vous rembourse dans un an que dans deux ans", poursuit Thibault Mercier. Autrement dit la France ne subirait alors qu'"une perte virtuelle" sur ses créances grecques.

Mais cette mesure "ne fait que reporter le problème puisque l'on allège pas réellement l'endettement" du pays, souligne Jésus Castillo. Pour l'économiste de Natixis, les marges de manœuvre pour restructurer la dette grecque sont faibles, les taux d'intérêts exigés par les créanciers européens étant déjà quasi-nuls. "Il ne reste que la possibilité d'une restructuration avec un effacement d'une partie de la dette".

Dans ce cas de figure les dirigeants européens devront se mettre d'accord sur le pourcentage de pertes qu'ils sont prêts à supporter sur leurs créances. La France perdrait ainsi une partie des 48 milliards d'euros mis en jeu. Sauf que, là encore, ce scénario est peu probable, en raison de l'opposition de Berlin. La porte-parole du ministère allemand des Finances, Marianne Kothe, a ainsi affirmé ce lundi qu'un effacement de dette "n'est pas une option" pour l'Allemagne. François Hollande a lui déclaré en fin de journée que des "engagements ont été pris" et "doivent être tenus", lors d'une conférence de presse commune avec le président colombien Juan Manuel Santos.

Et au-delà de la dette publique, les créanciers privés d'Athènes sont également concernés par l'arrivée au pouvoir de Syriza. Benoît Heitz, économiste chez Société Générale rappelle au passage que les banques françaises détiennent encore pour environ 3 milliards d'euros d'expositions sur la Grèce.

Julien Marion