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Cagnotte fiscale: ces 4,3 milliards d'euros que le gouvernement ne veut pas distribuer

Bercy ne veut pas entendre parler de "cagnotte".

Bercy ne veut pas entendre parler de "cagnotte". - Fred Dufour - AFP

Certains députés de la majorité souhaitent une redistribution des fruits de la croissance, ce que le gouvernement refuse, préférant réduire la dette du pays. Ce n’est pas la première fois que la "cagnotte fiscale", expression consacrée par Lionel Jospin, fait parler d’elle.

Les bonnes nouvelles sur le front économique pourraient paradoxalement avoir des conséquences politiques dommageables. Avec 2% de croissance en 2017 au lieu des 1,7% prévu, les rentrées fiscales sont supérieures aux prévisions, apportant aux comptes publics une manne de 4,3 milliards d'euros que beaucoup qualifient de "cagnotte fiscale".

Conséquence: de nombreuses voix s’élèvent - y compris au sein de la majorité - pour que celle-ci soit utilisée, au moins partiellement, pour financer des mesures en faveur du pouvoir d’achat.

"Il n'y a pas de cagnotte"

Mais le gouvernement ne l’entend pas de cette oreille. "Il n'y a pas de cagnotte quand depuis 40 ans, on dépense bien plus qu'on ne gagne. S'il y a de bonnes nouvelles sur les recettes, ce sera un moyen d'accélérer notre désendettement", avait déjà prévenu Edouard Philippe en janvier, dans le JDD.

Gérald Darmanin en avait remis une couche un mois plus tard, cette fois dans Les Echos : "Il n'y a pas de cagnotte dans un pays qui perd 2115 euros par seconde!", avait asséné le ministre de l’Action et des comptes publics.

Ce vendredi, c’est Bruno Le Maire qui a été chargé d’éteindre les espoirs des partisans d’une redistribution de ladite cagnotte, indiquant que toute recette supplémentaire serait consacrée à la réduction de la dette publique. "Ne refaisons pas les erreurs du passé", a notamment déclaré le ministre de l’Économie.

"Je préfère être responsable d'une cagnotte que d'un trou dans la caisse"

Une référence, notamment, à l’ancien Premier ministre Lionel Jospin, qui avait lui aussi bénéficié en 2000 d’une croissance en hausse l’année précédente. Après plusieurs semaines d’hésitations, mal vécues par l’opinion publique qui le soupçonnait de vouloir cacher l’existence d’une manne non négligeable (50 milliards de francs à l’époque), celui-ci avait choisi de la redistribuer en partie.

Baisse de la TVA, allègements fiscaux, dépenses supplémentaires…Le chef du gouvernement avait alors assumé ses choix, déclarant même préférer "être responsable d'une cagnotte que d'un trou dans la caisse", consacrant du même coup l’expression de "cagnotte" fiscale.

En 2004, Jean-Pierre Raffarin, premier ministre de l'époque, avait également dû faire face au même casse-tête. Il avait finalement choisi de consacrer une partie de cette cagnotte à la réduction des déficits, et une autre à la convergence à la hausse des différents Smic de l’époque.

Cette fois, le gouvernement Philippe ne semble pas enclin à partager le gâteau.

Yann Duvert