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Budget 2018: pourquoi les collectivités et la Sécu feront plus d'efforts que l'État

Bercy cible un déficit public de 2,6% pour l'année prochaine

Bercy cible un déficit public de 2,6% pour l'année prochaine - Jean-Sébastien Évrard - AFP

Dans le projet de loi de Finances présenté ce mercredi, le déficit de l'État va repasser au-dessus des 80 milliards d'euros. Pour tenir ses engagements vis-à-vis de Bruxelles, le gouvernement compte l'an prochain sur les collectivités et la Sécu.

En apparence, l'État ne donnera pas forcément le bon exemple en matière de vertu budgétaire. Le gouvernement doit en effet présenter ce mercredi le premier budget du quinquennat Macron en Conseil des ministres.

Un document qui devrait, selon les Échos traduire une aggravation importante du déficit de l'État pour l'an prochain. L'ardoise serait ainsi de 82,9 milliards d'euros, soit bien plus qu'en 2016 (69,1 milliards d'euros) et que ce que le précédent gouvernement prévoyait pour 2017 (69,3 milliards d'euros).

On ne peut pas pour autant accuser l'actuel gouvernement de laxisme budgétaire. De fait, le dérapage s'explique aussi par les erreurs du précédent exécutif, comme l'avait d'ailleurs souligné la Cour des comptes. Cette dernière chiffrait ainsi à presque 6 milliards d'euros (dépassement de dépenses des ministères, recapitalisation d'Areva, etc…) le surplus à supporter par l'État cette année.

Ce dont le gouvernement devrait avoir tenu compte puisque, dans le projet de loi de Finances pour 2018, le déficit de l'État pour 2017 aurait été lui aussi revu à la hausse à 76,5 milliards d'euros, toujours selon les Échos.

Des recettes amputées

Reste que le fossé va se creuser davantage l'an prochain: 6,5 milliards d'euros de plus. Là encore, cela ne signifie pas que l'État ne fera aucun effort. En juillet, le gouvernement visait d'ailleurs 10 milliards d'euros d'économies.

Mais dans le même temps, ses recettes vont fondre en raison des nombreuses mesures contenues dans le projet de loi de Finances. "L'essentiel des baisses d'impôts (7 milliards d'euros pour l'an prochain, NDLR) se feront sur l'État: baisse de l'impôt sur les sociétés, baisse de l'ISF, instauration de la "flat tax" (NDLR: taxation forfaitaire unique pour les revenus financiers), compensation de la baisse de la taxe d'habitation… L'État supportera la majeure partie de ces baisses", rappelle François Ecalle, président de l'association FIPECO, ancien conseiller maître à la Cour des comptes et ex-membre du Haut Conseil des finances publiques.

Notons au passage que la Cour des comptes signalait en mai dernier qu'en retraitant les dépenses exceptionnelles, le déficit de l'État a cessé d'être réduit en… 2013.

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Une équation difficilement soluble

Pour tenir l'objectif de déficit public pour 2018, de 2,6% du PIB (après 2,9% en 2017), l'exécutif prévoit donc de faire reposer le gros de l'effort sur les collectivités et la Sécurité sociale.

Un choix difficillement critiquable. "Si on prend du recul on voit que sur les dernières vingt années on a eu une très forte hausse des dépenses publiques et que l'essentiel de ces hausses ne vient pas de l'État mais de la Sécurité sociale et des collectivités locales", expliquait en juillet dernier à BFMBusiness.com Antoine Bozio, directeur de l'institut des politiques publiques et lauréat du titre de meilleur jeune économiste 2017 .

François Ecalle rappelle néanmoins que les collectivités ont déjà bien été mises à contribution. "Durant la période sarkozyste 2007-2012, on a fait porter l'effort sur l'État alors que les collectivités locales ont continué à voir leurs dépenses augmenter beaucoup. Mais sous Hollande, il y a eu des baisses de dotations aux collectivités locales. Elles ont ainsi commencé par réduire leurs investissements puis leurs dépenses de fonctionnement. L'effort a ainsi déjà été substantiel", détaille-t-il.

En revanche, "la sécurité sociale n'a pas encore été trop touchée même si les dépenses de maladie sont mieux maîtrisées que dans les années 2000" conclut François Écalle.

Julien Marion