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EXCLUSIF - Le gouvernement envisage de reporter les privatisations

La Française des Jeux fait partie des deux privatisations prévues par l'Etat, avec Aéroports de Paris.

La Française des Jeux fait partie des deux privatisations prévues par l'Etat, avec Aéroports de Paris. - THOMAS SAMSON / AFP

Le contexte politique et les mauvaises conditions de marché poussent Bercy à décaler d’un an les privatisations d’Aéroports de Paris et de la Française des Jeux. Prévues au printemps 2019, elles seront plutôt lancées début 2020.

Les privatisations attendront. La crise politique autour des « gilets jaunes » secoue les réformes déjà lancées. La loi sur l’énergie et celle sur l’économie circulaire sont repoussées sine die, a priori de plusieurs mois. Et les privatisations, dans les cartons depuis le début du quinquennat, risquent fort d’être aussi décalées. Même si Bercy n’a jamais donné de calendrier, l’administration visait, à l’origine, un coup d'envoi au printemps 2019.

Mais « le contexte politique a changé » reconnaît-on à Bercy. Pour autant, le gouvernement ne veut pas admettre que le conflit des gilets jaunes sème la panique dans ses rangs. « Il faut d’abord valider la loi Pacte » précise une autre source. La loi du ministre de l’Economie Bruno Le Maire comportera les modalités de privatisations des Aéroports de Paris (ADP) et de la Française des Jeux (FDJ).

Calendrier parlementaire serré

Officiellement, le ministère de l’Economie assure que le vote définitif devrait avoir lieu au printemps. Mais avant, la loi doit intégrer des modifications de certaines taxes pour les entreprises. En parallèle, le grand débat national voulu par Emmanuel Macron devrait aussi l’enrichir. Au final, elle pourrait être promulguée plutôt au début de l’été prochain.

« Trop court pour lancer les privatisations dans le courant de l’été, tranche un proche de Bercy. Il y a des travaux à faire d’ici là ». L’exécutif estime à quelques mois le délai nécessaire pour lancer les cahiers des charges et les appels d’offres. « C’est un faux argument, tout le travail a été fait en amont, tranche un bon connaisseur du dossier. Le gouvernement a surtout peur des polémiques autour des privatisations ».

Mauvaises conditions de marché 

Mais Bercy s’abrite aussi derrière l’argument des mauvaises conditions de marché. La Bourse a beaucoup baissé ces derniers mois. « Le marché n’est pas porteur en ce moment » estime sobrement une source proche du gouvernement. « Cet argument a bon dos, râle un candidat à l’une des deux privatisations, si le marché se dégrade, les taux d’intérêts vont aussi remonter et ce n’est pas bon pour les acheteurs ». Il leur en coûtera plus cher en intérêts puisque sur les 18 milliards d'euros à débourser pour racheter ADP, ils emprunteront environ 12 milliards d'euros.

Lancer des opérations de marché d’envergure n’est pas idéal en fin d’année alors que les grands investisseurs vendent leurs positions pour engranger leurs bénéfices.

Bercy semble se diriger vers un calendrier qui viserait à lancer un appel d’offres en début d’année prochaine pour boucler l’opération fin 2020. Un timing calé sur celui des privatisations des aéroports de Nice et de Lyon qui avaient été bien menées. Dans le meilleur des cas. Car dans le milieu des affaires, beaucoup s’interrogent sur le risque d’abandonner les privatisations si le contexte politique continue à se dégrader. « Elles ne sont pas remises en cause », assure-t-on à Bercy qui doit récupérer 10 milliards d’euros.