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Et si les Ecossais devaient se passer de la livre sterling?

Londres menace l'Ecosse de la priver de la livre sterling en cas de sécession.

Londres menace l'Ecosse de la priver de la livre sterling en cas de sécession. - -

A sept mois d'un referendum crucial sur l'indépendance de l'Ecosse, le ministre britannique des Finances a affirmé, ce 13 février, qu'en cas de sécession, elle devra abandonner la livre. Est-ce possible?

Londres sort son atout maître pour dissuader les Ecossais de voter l'indépendance au référendum prévu le 18 septembre. "Si l'Ecosse quitte le Royaume-Uni, elle quitte la livre sterling", a lancé George Osborne, le ministre des Finances britannique, ce jeudi 13 février.

Le parti indépendantiste au pouvoir à Edimbourg assurait justement qu'une Ecosse émancipée garderait la monnaie britannique. George Osborne répond que "la livre n'est pas un bien qui se divise entre deux pays après une séparation, comme on le ferait d'une collection de CD".

La menace pèse lourd. Ses conséquences sont à peine mesurables, d'où son potentiel anxiogène. Si l'Ecosse sortait de la livre, elle aurait à construire de A à Z un nouveau système monétaire.

> Une adhésion à l'euro à demander

D'abord, elle devrait choisir entre l'euro ou une nouvelle monnaie nationale. A priori, son choix se porterait sur la deuxième solution. "Les Ecossais n'ont pas forcément envie d'adopter l'euro, parce qu'il n'a pas bonne presse outre-Manche", explique Benoît Heitz, économiste à la Société Générale.

Si elle le souhaitait néanmoins, il faudrait que l'Union européenne l'accepte comme nouveau membre. La réflexion sur les modalités d’adhésion dans un tel cas est encore en cours. L'accord de tous les Etats membres pourrait être réclamé, y compris ceux qui affrontent des mouvements sécessionnistes sur le sol.

> Une nouvelle monnaie nationale à concevoir

L'option de créer une nouvelle devise est également risquée. Car "une monnaie n'a pour valeur que la confiance qu'on lui accorde", rappelle Benoît Heitz. Celle qui vient d'être créée ne suscite pas l'engouement immédiat.

Elle doit faire ses preuves. Cela prend du temps. D'autant plus si ses usagers eux-mêmes n'y croient pas: "ils continueront d'utiliser la livre sterling", précise l'économiste.

> Une Banque centrale à créer

Quelle que soit la monnaie choisie, Edimbourg devrait créer sa propre banque centrale. Pour imprimer pièces et billets, mais surtout "pour définir la politique monétaire du pays, fixer ses propres taux, et soutenir ses banques", détaille Slavena Nazarova, économiste au Crédit Agricole CIB.

En privant l'Ecosse de la livre, "Osborne ferme la porte à toute aide", selon elle. "Lorsqu'on est lié dans une union monétaire, les pays sont solidaires". L'argentier britannique sous-entend que l'économie écossaise ne pourra plus se reposer sur la puissante Bank of England, la BoE, et sur les mesures musclées de son président, Mark Carney.

> Une dette contractée en livre à porter

En cas d'indépendance, l'Ecosse partirait avec un handicap budgétaire. Il faudrait partager la dette du Royaume-Uni, ce qui promet encore des discussions houleuses.

Surtout, "une dette contractée en livre sterling mais libellée dans une monnaie différente est source de risque", estime l'économiste Benoît Heitz. Parce que "le moindre choc sur les changes créé un choc sur la dette".

L'effet le plus prévisible serait que la nouvelle monnaie écossaise se dévalue fortement par rapport à la devise du Royaume-Uni. Ce qui entraînerait une explosion du poids de la dette.

Nina Godart