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Espagne: le scandale éclaboussant la majorité pèse sur la reprise économique

Le gouvernement de Mariano Rajoy est entaché par un scandale, qui plombe le regain de confiance dans l'économie espagnole.

Le gouvernement de Mariano Rajoy est entaché par un scandale, qui plombe le regain de confiance dans l'économie espagnole. - -

En Espagne, l’ancien trésorier du Parti Populaire est entendu par la justice, ce lundi 15 juillet, dans une affaire de financement occulte. Le scandale met à mal l’ensemble du gouvernement espagnol.

En Espagne, les éléments à charge s'accumulent contre Mariano Rajoy, l’actuel Premier ministre. La justice espagnole enquête sur toute une comptabilité parallèle autour du PP, le Parti Populaire, actuellement au pouvoir.

Les enquêteurs se penchent surtout sur un système qui aurait été destiné, dans les années 90, à verser des rémunérations occultes à des dirigeants du parti. Le quotidien de centre-gauche "El Pais" a fait ainsi état de documents établissant des "paiements", durant plus d'une décennie, à Mariano Rajoy, avant qu'il prenne la tête du gouvernement espagnol. 

Le Premier ministre espagnol a affirmé, lundi 15 juillet, qu'il ne démissionnerait pas, malgré les appels en ce sens de l'opposition, et dénoncé un "chantage" contre l'Etat de droit. "J'accomplirai le mandat que m'ont donné les Espagnols", a déclaré Mariano Rajoy devant la presse, assurant que "l'Etat de droit ne se soumet pas au chantage" et que la justice poursuivrait son travail "sans aucune pression".

Un ancien trésorier du parti entendu par la justice

L’ancien trésorier du PP, Luis Barcenas, est en détention préventive depuis le 27 juin. Il répond en ce moment aux questions d'un magistrat à Madrid. Le quotidien de centre-droit "El Mundo" a publié un échange de SMS attribués à Luis Barcenas et Mariano Rajoy. Ces messages attesteraient de liens restés étroits entre les deux hommes, au moins jusqu'au mois de mars dernier.

La principale force d'opposition a décidé d'engager une offensive. Dimanche, le chef du PSOE, le parti socialiste, avait appelé Mariano Rajoy à la démission. Ce lundi matin, à la radio Cadena SER, la n°2 du PSOE a indiqué que des discussions sont engagées avec d'autres formations de l'opposition parlementaire. Mais il n'est pas encore question d'une motion de censure.

Mauvaise nouvelle pour le maigre retour de la confiance

Ce scandale tombe au plus mal pour l’Espagne qui commençait à sortir de la crise. Le frémissement de confiance, déjà extrêmement relatif, pourrait bien disparaître. Le ministre de l'Economie l’avait pourtant affirmé, la récession est derrière l’Espagne. Luis de Guindos parlait même d'un retour à la croissance dans les trimestres à venir.

L'IEE, l'institut espagnol d'études économiques, se hasarde même à tabler sur un rebond de 0,7 % en 2014, alors que le FMI s'attend à une stagnation du PIB. Mais l'IEE, comme d'autres analystes, veulent croire à un effet positif après la très violente dévaluation interne que continue de subir le pays.

L'Espagne, nouvel eldorado de la main d'oeuvre à bas coûts

A force de réduction des effectifs, de la masse salariale et des revenus réels, les coûts de production chutent dans le pays. Alors qu’en Allemagne, en France, ou en Italie, les profits des entreprises se tassent, la tendance est radicalement inverse en Espagne.

Les profits après taxes, intérêt et dividendes représentent à présent non loin de 16 % du PIB, soit sept points de plus qu'en Allemagne, huit points de plus qu'en Italie, et dix de plus qu'en France, si l'on se réfère à un récent graphique de la banque Natixis.

A ce tarif-là, selon les experts, mieux vaut aller sous-traiter ses services informatiques en Espagne plutôt qu'en Inde. Et de ce point de vue, le sort du gouvernement Rajoy n'y changera pas forcement grand-chose.

Benaouda Abdeddaïm