BFM Business

Commission européenne : la journée cruciale d'Ursula von der Leyen 

Ce mardi à 18h, le Parlement européen devra se prononcer sur la nomination de l’Allemande à la tête de la Commission. Et la majorité n’est pas forcément acquise pour elle.

L’Europe peut-elle se permettre une nouvelle crise politique ? C’est tout l’enjeu du vote qui aura lieu, ce soir à 18h, au Parlement européen. Les eurodéputés vont donc se prononcer sur le nom d’Ursula von der Leyen, ex-ministre allemande, qui est finalement sortie du chapeau européen après d’âpres négociation. Le problème, c’est que ce consensus sera difficile à trouver à Strasbourg alors que les dernières élections européennes ont pratiquement remis à zéro l’échiquier politique.

Pour obtenir l’aval du Parlement, Ursula von der Leyen doit obtenir la majorité absolue, soit 374 voix. Aucun groupe ne possède suffisamment de députés pour décider seul du vote. Même une hypothétique alliance de centre-droit entre le Parti populaire européen (PPE), les Conservateurs et réformistes européens (CRE) et Renaissance européenne (RE) ne suffirait pas à adouber la candidate officielle. Non, il faudra s’appuyer sur la plus grande partie du Parlement. Et c’est là que les ennuis commencent.

Un discours pour convaincre

Tout d’abord, la candidate devrait pouvoir compter sur les quelques 182 voix du PPE. Si le nouveau Premier ministre grec était un partisan de Manfred Weber (le premier candidat PPE), les eurodéputés de Nouvelle Démocratie ne devrait pas jouer les trouble-fêtes. Elle devrait aussi pouvoir compter sur les libéraux de Renew Europe, dont les 21 Français élus en mai dernier. En tout, le groupe politique compte 108 élus.

En revanche, le doute subsiste concernant les 62 élus Conservateurs et réformistes (CRE, 62 élus). Ce groupe, dominé par la majorité au pouvoir en Pologne, a promis d’être « pragmatique ». La majorité d’entre eux pourrait tout de même soutenir Ursula von der Leyen. Son discours et les réponses qu’elle apportera, ce mardi, seront déterminants.

Reste la gauche européenne. Sans surprise, l’extrême-gauche (41 sièges) devrait voter contre la nomination de l’ancienne ministre.

La vraie question concerne donc les écologistes et les sociaux-démocrates. Les premiers (74 voix) ont d’ores et déjà assuré qu’ils voteraient contre. En revanche, les seconds sont encore divisés sur la question. A commencer par les membres issus du SPD allemand. « Pourquoi Ursula von der Leyen est une candidate inadéquate et inappropriée » ont-ils titré un document qu’ils ont fait circuler dans les travées du Parlement. Cette intransigeance, qui fragilise aussi la coalition gouvernementale en Allemagne, pourrait faire tache d’huile. Face aux risques, deux anciens pontes du parti, dont l’ancien chef du SPD Sigmar Gabriel, ont apporté leur soutien à Ursula von der Leyen, ce weekend.

Eviter une crise

Là encore, la journée sera cruciale pour arracher le vote des socialistes. D’autant plus qu’un refus du SPD donnerait le rôle d’arbitre aux groupe populiste Identité et Démocratie (73 voix), qui regroupe notamment le Rassemblement national et la Ligue italienne. « Peu probable » qu’ils soutiennent Ursula von der Leyen a fait savoir le groupe.

Ce mardi, la candidate officielle des 27 devra donc rassurer les différentes couleurs, échaudées par les tractations au sommet qui ont totalement court-circuité les chefs de file des partis. D’ores et déjà, elle a envoyé, ce lundi, des lettres aux dirigeants de différents groupes pour tenter de les faire infléchir. Aux socialistes, elle promet de défendre certaines réformes comme le salaire minimum à l’échelle européenne. Aux Verts, elle prône une accélération de la réduction des émissions carbones au niveau de la zone euro.

Mais la grande question est surtout de savoir si les eurodéputés sont prêts à engager l’Europe dans une nouvelle crise institutionnelle. Un refus de la candidature de l’Allemande remettrait tous les compteurs à zéro, une situation que peu d’Européens souhaitent réellement, tant son nom a mis du temps à émerger.

Ursula von der Leyen dispose donc de peu de marge de manœuvre. Elle devra convaincre les indécis qui, heureusement pour elle, voteront à bulletin secret.