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Comment les opérateurs mobiles profitent de la manne touristique ?

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L’Europe est la région la plus visitée de la planète. Quels sont les leviers mis en place par les acteurs des télécoms pour attirer et retenir cette cible, toujours plus avide de connectivité. Et comment anticiper le futur ? Eclairage.

L’Europe en général et la France en particulier sont les endroits qui attirent le plus de touristes internationaux. En 2017, notre pays a ainsi accueilli plus de 90 millions de touristes internationaux dont plus de 18 millions en provenance de pays non-européens.

« Ce tourisme international de provenance extra-européenne ne présente pas un visage unique, comprend différentes typologies (visiteur pour motif personnel, visiteur pour motif professionnel, étudiant en échange universitaire, etc.), et se caractérise par des besoins spécifiques en termes de solutions de connectivité », explique Imane Zahid, consultante Télécom Innovation & Media au sein du cabinet Sia Partners.

Quels sont alors les leviers mis en place par les acteurs des télécoms français pour attirer et retenir cette cible loin d’être anecdotique. En 2017, les revenus générés par les frais d’itinérance mobile en Europe étaient de 52 milliards d’euros.

« En effet, si plusieurs solutions de connectivité s’offrent à eux actuellement, par exemple le changement de carte SIM ou bien l’utilisation des forfaits roaming, celles-ci ne sont pas encore optimales (solutions coûteuses, discontinuité du service, offres non adaptées aux usages courts, etc.). L’enjeu majeur pour les opérateurs du réseau mobile en France est donc de bien cerner les attentes et comportements des touristes internationaux afin de leur apporter des réponses adéquates », poursuit la spécialiste.

Différentes offensives ont ainsi été lancées pour détourner cette cible de solutions tierces comme le Wi-Fi gratuit, le Wi-Fi portable à travers des mini-routeurs ou encore l’achat d’une carte SIM prépayée à un opérateur spécialisé.

Partenariats

« Actuellement, pour répondre au besoin du marché touristique de provenance extra-européenne, les opérateurs de réseau mobile en France ont notamment misé sur le développement d’offres prépayées (Orange Holiday, Bouygues French vacation prepaid plan, SFR Welcome prepaid SIM, etc.) dont le coût reste légèrement plus élevé que d’autres solutions disponibles sur le marché », détaille Imane Zahid.

Une autre alternative pour répondre aux besoins de connectivité de ces voyageurs est de renforcer les partenariats déjà amorcés avec les opérateurs mobiles virtuels ainsi que les collectivités.

« Le modèle MVNO (opérateurs virtuels) favorise la mise en place d’un partenariat durable avec des opérateurs de téléphonie mobile des pays de provenance des touristes qui pourront donc bénéficier d’une itinérance exclusive sur le réseau de l’opérateur de réseau mobile français et, par conséquent, éviter les surcoûts de gestion de l’itinérance (interconnexion entre le réseau visité et le réseau nominal) ».

L’enjeu des JO à Paris

L’un des plus grands opérateurs chinois, China Telecom, s’est déjà essayé à l’exercice et s’est installé en France en 2013 en tant que MVNO sous la marque CTExcelbiz suite à la signature d’un partenariat avec Orange. « L’objectif de ce MVNO était de répondre aux besoins des résidents et touristes chinois en France en leur proposant des offres dédiées et un service client en mandarin. Grâce aux différents forfaits et packs proposés, les touristes chinois en France économiseraient jusqu’à 80% des coûts d’itinérance » explique la consultante.

Reste que d’autres solutions doivent être mises en place. Imane Zahid préconise « une extension continue du réseau Wi-Fi dans les centres villes des métropoles et les zones de forte affluence touristique via le déploiement des bornes Wi-Fi en partenariat avec les collectivités locales dans le cadre du schéma directeur de la smart city, un concept qui s’est imposé comme un point clé dans la stratégie de développement de l’attractivité du territoire ».

Une approche qui peut se transformer en nouvelle source de revenus pour les opérateurs « via la monétisation d’espaces publicitaires auprès d’annonceurs. Cela se traduit concrètement par l’affichage d’une publicité sur le terminal de l’utilisateur toutes les 30 minutes de connexion, par exemple. Les opérateurs peuvent également proposer de la publicité géolocalisée aux annonceurs locaux ». Mais attention aux risques collatéraux : risque de cannibalisation des abonnements mobiles des populations locales, impact de l’utilisation de ce réseau Wi-Fi par les internautes sur la saturation des réseaux mobiles…

Mais en tout état de cause, la mise en place de nouvelles offres est aujourd’hui stratégique dans la perspective des Jeux Olympiques de Paris en 2024 qui devraient attirer jusqu’à 20 millions de visiteurs, tous avides de connectivité « à la hauteur de leurs besoins et attentes ».

Olivier CHICHEPORTICHE