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Chômage des démissionnaires: le gouvernement ne convainc pas

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- - Fred Tanneau - AFP

Estimant qu'elles provoqueraient des effets d'aubaine, les partenaires sociaux ont rejeté jeudi les propositions du gouvernement pour étendre l'indemnisation chômage à ceux qui démissionnent.

Syndicats et patronat ont rejeté jeudi les pistes proposées par le gouvernement pour élargir l'assurance chômage à davantage de démissionnaires, dénonçant de forts effets d'aubaine et des droits dégradés.

Réunis au Medef pour une deuxième séance de négociation, les partenaires sociaux ont découvert les hypothèses de l'exécutif et ses chiffrages. Or, ces scénarios reposent tous sur des droits dégradés pour les démissionnaires par rapport aux autres allocataires: indemnisation limitée à six ou huit mois, plafonnée à 2000, 2500 ou 3000 euros, accessible à partir de deux ou cinq ans d'emploi...

30.000 à 70.000 démissions du fait de la réforme?

Selon les chiffrages qui leur ont été transmis, ces options entraîneraient, la première année, un surcoût pour l'Unédic allant de 200 millions à un milliard d'euros. "On ne parle pas de pièces jaunes", a ironisé Patrick Liébus, le négociateur de l'U2P, organisation patronale des artisans, petits commerçants et professions libérales.

Pour Alexandre Saubot du Medef, les chiffrages font apparaître un risque "d'effet d'aubaine", car, en année de croisière, le dispositif bénéficierait aux personnes qui auraient démissionné même sans la réforme (entre 45.000 et 85.000 selon les hypothèses) plus qu'aux personnes qui démissionneraient du fait de la réforme (entre 30.000 et 70.000). "La mesure, telle qu'elle est calibrée par le gouvernement, cible moins de réels besoins qu'elle ne finance des effets d'aubaine", a également estimé Véronique Descacq (CFDT).

Par ailleurs, l'ensemble des organisations syndicales rejettent l'idée du gouvernement de "droits extrêmement minorés", selon les termes de Denis Gravouil (CGT), pour les démissionnaires. "On est tous d'accord autour de la table, on ne veut pas de droits dégradés", a tranché Eric Courpotin (CFTC).

"Des critères pour que ça coûte le moins cher"

"Le gouvernement a choisi des critères pour que ça coûte le moins cher, pas pour que ça couvre le plus de salariés", a ajouté Véronique Descacq.

Comme "contre-propositions", Michel Beaugas de FO a plaidé pour l'ajout de deux motifs de démission légitime, en plus des 15 existants, ouvrant droit à une allocation de droit commun: la "rupture de période d'essai à l'initiative du salarié" et la démission pour "projet professionnel". Quelque 70.000 démissionnaires sont déjà indemnisés chaque année.

Le patronat, lui aussi, penche pour un "schéma de maintien des droits en termes de durée et de montant", selon Alexandre Saubot. La régulation du dispositif se ferait par les "conditions d'accès", notamment l'exigence d'un "projet professionnel". Comment sera-t-il défini, qui le validera ? Ces questions seront débattues lors de la prochaine séance de négociation jeudi prochain.

N.G. avec AFP