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Budget : l’Italie échappe encore aux sanctions de Bruxelles mais…

Le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte s'est dit prêt à démissionner si la Ligue  et le Mouvement 5 étoiles ne cessaient pas leurs polémiques.

Le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte s'est dit prêt à démissionner si la Ligue et le Mouvement 5 étoiles ne cessaient pas leurs polémiques. - FILIPPO MONTEFORTE / AFP

La Commission gèle l’ouverture d’une procédure disciplinaire pour dérapage budgétaire. Il s’agit d’évaluer les remèdes proposés par Rome avant de prendre une décision. A Rome, le ton se veut plus souple, sur fond d’inversion du rapport de force politique.

La tension retombe entre Bruxelles et Rome après avoir joué aux montagnes russes depuis le début de l’année. En cause, les perspectives budgétaires du gouvernement populiste italien qui tente de tenir ses promesses électorales synonymes de dépenses massives et de réduction des impôts et donc de dérapage des déficits au-delà de la ligne rouge des 3% du PIB.

Fin mai, Bruxelles laissait une porte de sortie au gouvernement transalpin afin de lui expliquer comment il allait rester dans les clous tout en agitant le risque d’une amende maximale de 3 milliards d’euros à travers l’ouverture d’une procédure de sanction contre le pays pour « déficit excessif ».

La demande a d’abord ulcéré Matteo Salvini, vice-président du Conseil. « Au moment où le chômage des jeunes atteint 50% dans certaines régions (...), quelqu'un à Bruxelles nous demande, au nom des règles du passé, une amende de trois milliards d'euros. Nous allons voir si cette petite lettre de Bruxelles dans laquelle ils nous sanctionnent pour la dette accumulée par le passé. Toute mon énergie sera utilisée pour changer ces vieilles règles. »

Mais malgré sa position renforcée par la victoire de son parti (la Ligue) lors des dernières élections européennes, il a fallu mettre de l’eau dans son vin. Et collaborer. Tout comme en décembre dernier quand la coalition au pouvoir avait déjà accepté d’assouplir ses positions sur son budget, revoyant ses prévisions de déficit à la baisse.

Pression des taux

Rome a ainsi donné de nouvelles projections sur six mois selon lesquelles le déficit 2019 serait inférieur de sept milliards d'euros à l'objectif affiché en avril, grâce à des dépenses moins importantes que prévu et des recettes plus élevées. Rome prépare également un décret visant à réduire le déficit budgétaire 2020.

Concrètement, le gouvernement italien a annoncé que le déficit public du pays ne dépasserait finalement pas 2,04% du Produit Intérieur Brut (PIB) en 2019, un objectif qui a beaucoup varié mais devrait lui permettre, s'il est respecté, d'échapper à des sanctions. Il comptait au départ afficher un déficit de 2,4% cette année.

Rome a également adouci la forme, employant un ton bien moins ferme à l’attention de la Commission. L’Italie tente également de se justifier en mettant en avant le ralentissement mondial.

« Le gouvernement populiste sait très bien que le taux souverain italien, au plus haut aujourd’hui, n’est pas soutenable à long terme », souligne également Camille Neuville, économiste chez Natixis.

Un changement de ton que l’on peut expliquer par l’inversion du rapport de force politique en Italie avec un parti de la Ligue désormais bien plus puissant que le mouvement 5 étoiles encore plus anti-européen que la Ligue.

Croissance zéro

Suffisant pour geler la procédure de sanction ? Oui. Pour l’annuler, certainement pas. La Commission a annoncé qu'elle était disposée à examiner toutes les informations venant d'Italie sur ses finances publiques avant de prendre une décision définitive, a dit à la presse le Commissaire aux Affaires économiques Pierre Moscovici.

« Sur la base des engagements (du gouvernement italien, ndlr), la Commission a conclu qu'une procédure pour déficit excessif contre l'Italie au titre de la dette n'est plus justifiée à ce stade », a-t-il déclaré.

Il faut dire que ces promesses laissent sceptiques de nombreux membres de la Commission. L’économie italienne inquiète. La croissance est atone (0,1% prévu pour cette année) et ne permettra pas de réduire sa dette gigantesque (132,2% du PIB en 2018, bien au-delà du seuil de 60% fixé par les règles européennes).

La Commission maintiendra la pression, notamment quand il aura en main le cadre budgétaire de 2020 de l’Italie. Et l’on peut s’attendre à nouveau bras de fer, car le gouvernement n’entend pas revoir sa politique.

« L'équilibre des comptes publics (...) ne peut constituer l'unique paramètre de référence de la politique économique et sociale », a ainsi asséné le 20 juin dernier Giuseppe Conte, président du Conseil, en soulignant que la société civile montrait « des signes croissants de souffrance » à cause des « politiques d'austérité mises en place cette dernière décennie ». Bref, il y a toujours autant de friture entre Rome et Bruxelles.

Olivier CHICHEPORTICHE