BFM Business

Brexit : même la préparation au départ va provoquer des faillites

-

- - -

Invitée sur le plateau de 12H, L’Heure H, Ana Boata, cheffe économiste zone euro et Royaume-Uni d’Euler Hermès, revient sur ces mois d’incertitudes qui affectent déjà l’économie européenne.

Quel avenir pour le Brexit ? C’est la grande question qui obsède les Européens, alors que les parlementaires britanniques reprennent leurs travaux la semaine prochaine. Le Premier ministre Boris Johnson est bien décidé à acter le Brexit au 31 octobre prochain, même sans accord avec l’Union européenne. « Il n’a pas beaucoup de marges de manœuvre » souligne Ana Boata, cheffe économiste zone euro et Royaume-Uni de la société d'assurance-crédit Euler Hermès, invitée sur le plateau de 12H, l’Heure H. « Boris Johnson a été élu par les membres du parti conservateur mais pas par le Parlement. Donc il n’a pas encore eu à faire avec les parlementaires ». Surtout, il a seulement un siège de majorité. Et encore, si le parti unioniste d’Irlande du Nord le soutient encore.

Stockage en masse

Si des élections sont possibles à l’automne, elles n’empêcheront pas forcément un « no deal » au 31 octobre. Et un tel scénario plongerait le pays dans l’inconnu. « Personne n’est capable de dire à quel point les entreprises sont prêtes » souligne Ana Boata. « Certaines estimations montrent que deux minutes de contrôle à la douane peuvent engendrer 5 heures ou plus de queue. » De quoi créer une pagaille infernale à l’entrée du tunnel sous la Manche.

Et l’incertitude a déjà un impact sur l’économie. Au début de l’année, les Britanniques ont commencé à stocker massivement pour se préparer à la sortie théorique du 31 mars. Une bonne opportunité pour les continentaux qui exportent vers les îles. Sauf que le report du Brexit a mécaniquement mis un coup de frein à ce cycle. « C’est très difficile de s’organiser. On joue au yo-yo » explique Ana Boata. Cela pourrait se répéter avec cette nouvelle sortie au 31 octobre. Les derniers rapports alarmistes devraient relancer le stockage. « Mais cela coûte très cher de stocker. Des entreprises doivent s’endetter et certaines font faire défaut simplement à cause de cette situation » met en garde Ana Boata. « Les entreprises et les ménages vont encore se préparer à une nouvelle sortie et encore une fois on aura ces perturbations. » Et puisque le consensus table plutôt sur un nouveau report du Brexit, le cycle pourrait bien finir par se répéter. Encore…