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BCE : Christine Lagarde, un choix à haut risque

Christine Lagarde, future présidente de la Banque centrale européenne

Christine Lagarde, future présidente de la Banque centrale européenne - ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

La directrice générale du FMI peut se targuer d’une bonne réputation mais n’a jamais été à la tête d’une banque centrale. Ce qui n’a rien d’anodin…

Christine Lagarde, future patronne de la Banque centrale européenne (BCE) ! C’est bien le schéma qui s'est dessiné à Bruxelles où les Etat-membres ont fini par se mettre d’accord sur les « top jobs » européens.

Selon les dernières confirmations, ce serait donc l’Allemande Ursula von der Leyen qui obtiendrait la place convoitée de présidente de la Commission européenne. Sa nomination donne l’opportunité à Paris de placer un Français à la tête de la Banque centrale européenne. Ou plutôt une Française puisque ce serait Christine Lagarde, directrice générale du FMI, qui prendrait la succession de Mario Draghi.

La solution semble satisfaire tout le monde. La France pourrait davantage influencer la politique monétaire européenne. « Le vrai pouvoir, c’est celui de la Banque centrale » rappelle Jean-Dominique Giuliani, président de la fondation Robert Schuman, sur le plateau de 12 H, l’Heure H. « C’est là que les choses sérieuses passent. » Ces dernières années, l’action de Mario Draghi a d’ailleurs été déterminante pour l’unité européenne. Et le rôle de la BCE s’annonce tout aussi majeur pour les années à venir alors qu’une récession mondiale s’annonce.

Pas du sérail…

De son côté, Angela Merkel voit d’un bon œil l’arrivée de l’ancienne ministre de l’Economie de Nicolas Sarkozy. Depuis 10 ans, Christine Lagarde bénéficie ainsi d’une réputation quasi-irréprochable. Avocate de formation et inconnue du grand public, elle prend la tête de Bercy peu avant le début de la crise des subprimes en 2007 et s’affirme rapidement comme une valeur sûre du gouvernement Fillon. En 2009, elle est même désignée comme le meilleur ministre des Finances de la zone euro par le Financial Times…

Son arrivée à la tête du FMI, en 2011, est aussi une surprise alors qu’on s’attendait à un économiste pour prendre la suite de Dominique Strauss-Kahn. Mais son inexpérience des grandes institutions ne lui a pas empêché d’être reconduite à son poste en 2016 avec un bilan plutôt favorable.

Pour la BCE, c’est encore son inexpérience qui est pointée du doigt. Les trois premiers présidents de la BCE (Duisenberg, Trichet et Draghi) sont tous passés par la case banque centrale de leur pays. Pas elle. Sur un profil plus technique, la candidature de François Villeroy de Galhau, actuel Gouverneur de la Banque de France, semblait donc plus crédible...

Pas le droit à l’erreur

Mais dans les tractations européennes, c’est avant tout le profil politique qui prime. « Villeroy de Galhau est considéré comme un peu trop social-démocrate par certains pays. L’intérêt de Lagarde, c’est qu’elle est à la fois Française et un peu anglo-saxonne » souligne Guillaume Klossa, président du mouvement Civico Europa, ancien conseiller spécial du vice-président de la Commission Européenne.

Et sa principale force, c’est sa capacité d’adaptation et d’apprentissage même si cela ne s’est pas toujours fait en douceur. On se souvient de ses gaffes dès le début de son arrivée à Bercy lorsqu’elle avait notamment évoqué la mise en place d’un « plan de rigueur », obligeant Matignon à éteindre l’incendie. En 2012, elle appelle les Grecs à « payer leurs impôts » déclenchant un tollé en Europe. Un langage franc pour certains, maladroit pour d’autres, mais qui n’a pas forcément sa place au sein de la BCE.

Lors des longues et très techniques conférences de presse de l’institution, chaque mot est scruté et détaillé par les marchés qui réagissent aussitôt. « Si vous avez compris ce que j'ai dit, c'est que je me suis mal exprimé », s’amusait Alan Greenspan, ex-patron de la Fed qui prenait toujours soin de brouiller les messages pour éviter les sur-réactions de la bourse.

A un poste aussi exposé, Christine Lagarde n’aura surement pas le temps de faire ses classes. « Mais ce genre d’institutions ne repose pas sur une seule personne » note Julien-Pierre Nouen, directeur des études économiques de Lazard Frères Gestion sur BFM Business. La désormais ex-directrice du FMI devra donc bien s‘entourer pour relever le challenge.

Thomas LEROY