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Attentats de Paris: les victimes redoutent une indemnisation partielle

Plus de 90% des victimes des attentats du 13-Novembre ont reçu un premier versement mais dénoncent un risque de "barémisation" des indemnisations. (image d'illustration)

Plus de 90% des victimes des attentats du 13-Novembre ont reçu un premier versement mais dénoncent un risque de "barémisation" des indemnisations. (image d'illustration) - Kenzo Tribouillard - AFP

Un an après les attentats du 13-Novembre, près de 90% des 2.800 victimes ont reçu de premières provisions. Ces dernières craignent désormais une "barémisation" des sommes versées au mépris de leurs situations particulières.

Quelque 43,8 millions d’euros ont déjà été versés aux victimes des attentats de Paris. Soit 10 à 15% de l’enveloppe totale estimée entre 300 et 400 millions d’euros, précise Juliette Méadel, la secrétaire d’État chargée de l’Aide aux victimes. Plus de 2.400 d’entre elles "ont reçu un ou plusieurs versements" ajoute-t-elle, se félicitant de la "rapidité" du processus.

L’indemnisation en tant que telle interviendra plus tard. Une fois les victimes en phase de "cicatrisation" ou de "consolidation". Soit "ce moment où leur état séquellaire est stabilisé" remarque Julien Rencki, le directeur général du Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme et autres infractions (FGTI), qui les suit financièrement. Une étape lointaine pour nombre de blessés physiques et traumatisés. Quand "beaucoup sont encore incapable de sortir de chez eux" souffle Caroline Langlade, la vice-présidente de l’association Life for Paris.

Un règlement définitif proposé aux familles endeuillées

Quelque 274 victimes ont toutefois reçu des propositions de règlement définitif de la part du Fonds, selon Juliette Méadel. Toutes sont des membres de familles endeuillées, constatent les associations de victimes, qui critiquent la "barémisation" des sommes soumises. "Le FGTI a tendance à proposer des indemnisations manifestement forfaitaires alors qu'elles doivent être individualisées", regrette Georges Salines, président de l'association "13 novembre: fraternité et vérité".

Le "préjudice d'affection", qui représente la grande partie de ces sommes, n'est pourtant pas "le même pour tous", dénonce Caroline Langlade. Et de prendre l'exemple "d'une mère cancéreuse, qui a perdu une fille s'occupant d'elle avec dévouement" et celui d'"un père qui ne parlait plus à son fils" décédé. 

Les associations réclament plus de "transparence" au Fonds

Les critères de "parenté, d'âge", ou de "cohabitation" avec le disparu" sont pris en compte, affirme Julien Rencki, pour qui "on reprocherait" à l'inverse au FGTI de "distribuer des sommes différentes" à des personnes se trouvant dans des situations identiques. Les associations réclament également davantage de "transparence" et de "pédagogie" au Fonds, accusé "d'aller vite pour aller vite", notamment afin de respecter des impératifs politiques.

En février, la secrétaire d’État chargée de l’Aide aux victimes avait ainsi assuré qu'elle mettrait "tout en oeuvre" pour que "l'ensemble des dossiers des victimes à l'étude actuellement" puissent "trouver une réponse définitive, rapide et satisfaisante" "d'ici la fin de l'année 2016". En pré-campagne électorale, "comme le pouvoir veut afficher qu'il indemnise vite, vite, vite, le fonds de garantie ne fait pas son travail correctement. Il confond vitesse et précipitation", tempête l'avocat.

"Il y a quelques mois, on disait "c'est trop lent", maintenant on dit "ça va trop vite", ironise Juliette Méadel, qui a fixé comme objectif que d'ici fin novembre, "toutes les victimes aient reçu une réponse" du FGTI.

A.M. avec AFP