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Après les «pigeons», les «abeilles» de l'assurance craignent pour leur survie

Le président du collectif « Sauvez les abeilles », Giovanni Gaudoux

Le président du collectif « Sauvez les abeilles », Giovanni Gaudoux - -

Sur le modèle des «pigeons», les opérateurs privés de l'assurance santé manifestent ce lundi contre l'accord national interprofessionnel, qui selon eux va favoriser les complémentaires santé gérées par les partenaires sociaux, à leurs dépens.

Les abeilles sont en danger. Pas à cause des pesticides qui déciment les ruches. Non, les « abeilles », c’est le surnom choisi par les opérateurs privés de l'assurance santé. C’est-à-dire tous les indépendants du secteur : courtiers, agents, petites et moyennes mutuelles et compagnies d'assurance. Sur le modèle des « pigeons », ces entrepreneurs vent debout contre un projet gouvernemental de taxes sur les plus-values, les « abeilles » protestent contre une mesure qui, selon eux, va les mettre à terre. Ils ont créé une page Facebook et se rassemblent ce lundi dans six villes de France pour contester l'article 1 de l'accord national interprofessionnel, qui réforme le marché du travail.

Exclus du marché ?

Le texte, qui sera en dernière lecture devant le Sénat le 16 mai, prévoit - et c’est une nouveauté, d’obliger les employeurs à offrir à tous leurs salariés une complémentaire santé. Le problème c’est que, selon l’accord, ce seront les partenaires sociaux qui désigneront dans chaque branche l’organisme assureur. Un seul organisme pour tous les salariés. Selon les « abeilles », les partenaires sociaux choisiront les grands organismes paritaires, ceux dont ils assurent eux-mêmes la cogestion. Pour les petits opérateurs du secteur, les dés sont donc pipés, ils ne pourront pas rivaliser avec les gros et ne pourront pas non plus négocier de gré à gré avec chaque entreprise. Ils se sentent, en somme, exclus du marché, et craignent de devoir licencier, ou pire, de mettre la clé sous la porte.

« On voit arriver le tsunami et ça va être terrible »

« On fait disparaître tous les opérateurs privés du marché, explique Axel, qui dirige un cabinet d’assurance. Vous n'avez plus moyen de faire jouer la concurrence et de vous battre. Aujourd'hui on fait la une des journaux quand on veut supprimer 500 emplois dans l'industrie automobile ou autres. Nous, on parle de 30 à 40 000 emplois supprimés si demain 70% de notre activité disparaît ». « On a déjà perdu deux salariés sur les secteurs de la téléphonie, et un en gestion. On réduit les budgets de partout. On commence à voir arriver le tsunami et ça va être terrible », prévient Chantal, qui dirige un cabinet d’assurance en Seine-et-Marne.
Les abeilles ouvrières de l’assurance santé ont peur de disparaître. D’ailleurs, l’autorité de la concurrence ne dit pas autre chose. Elle souligne les risques de monopole dans le secteur de la protection sociale et dénonce ce système qui n’a aucun équivalent dans le monde.

Philippe Gril avec Hugo Perrier