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"aGreekment, ELA, Grexit, oxi": lexique pour mettre des mots sur les maux grecs

Drapeau grec flottant à la terrasse d'un restaurant, le 12 juillet sur l'île de Salamina, près d'Athènes.

Drapeau grec flottant à la terrasse d'un restaurant, le 12 juillet sur l'île de Salamina, près d'Athènes. - Andreas Solaro - AFP

La crise grecque a vu naître son propre vocabulaire et fait passer dans le langage courant des termes techniques ordinairement utilisés par les seuls économistes. Mais puisque ces contractions, sigles et expressions consacrées ne parlent pas forcément d'elles-mêmes, voici  un petit lexique pour y voir plus clair.

Alors que certains dénoncent sur Twitter un "#thisisacoup", il est heureux que l'Eurogroupe et la Grèce soient parvenus à un Agreekment, évitant un Grexit après l'"oxi" au référendum du 5 juillet dernier, ce qui devrait en outre épargner aux Grecs de se voir délivrer des IOU et une soumission à un contrôle des capitaux mortifère pour l'économie de leur pays. Si cette explication quelque peu alambiquée vous paraît peu claire, ce n'est pas qu'elle soit d'une profondeur abyssale, mais plus sûrement parce qu'elle abuse du vocabulaire technique qui a émergé depuis la crise grecque.

Le lexique suivant précise le sens des principaux mots, abréviations, sigles, anglicismes et expressions utilisés depuis des semaines au sujet de la crise grecque.

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aGreekment. Ce mot-valise qui associe les termes "agreement" et "Greek", c’est-à-dire en anglais les mots "accord" et "Grec", désigne l'accord cherché pendant des mois, puis trouvé ce 13 juillet entre la Grèce et ses créanciers. Un accord qui doit permettre à la Grèce de ne pas sortir de la zone euro.

Contrôle des capitaux. Désigne une série de mesures prises pour éviter que l'hémorragie d'argent frais qu'a connue la Grèce empire. En effet, pas moins de 30 milliards d'euros ont été retirés par les Grecs aux guichets de leurs banques depuis le 1er janvier. Les mesures de contrôles décrétées le 28 juin dernier, visaient ainsi à empêcher un "bank run" ("panique bancaire"), c’est-à-dire un effondrement du système bancaire, dû à des retraits massifs et brutaux d'épargnants paniqués. Ainsi, les Grecs n'ont pu retirer que 60 euros par jour aux distributeurs, les banques ont été fermées, et les transferts d'argents à l'international ont été interdits.

"Décote" ou "haircut". Les deux expressions ciblent la perte de valeur sur le montant d'une créance. Dans le cas de la Grèce, il s'agissait pour les Européens d'accepter une perte sèche sur la dette grecque, pour desserrer un peu l'étau sur les finances publiques grecques. Par exemple, une décote de 20% signifie que sur 100 euros de dette, les Européens n'en auraient plus réclamé que 80.

Une idée qui a été rejeté en bloc par Berlin, qui fait valoir que les traités interdisent cette option. Ce que confirment les économistes de Natixis dans une note publiée le 9 juillet dernier. "Une remise de dette des Etats créanciers à un autre membre de la zone euro constituerait une forme de transfert (financement direct entre Etats) que les traités interdisent", écrivaient-ils. Outre ce souci technique, l'idée serait mal passée auprès des contribuables.

Eurogroupe. Il s'agit de la réunion des ministres des Finances de la zone euro. Cette réunion est présidée par un des ministres, en l'occurrence Jeroen Dijsselbloem des Pays-Bas. L'Eurogroupe donne aux chefs d'Etat et de gouvernement ses recommandations quant aux mesures à prendre pour une situation précise. C'est par exemple durant l'Eurogroupe de samedi que le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a sorti son plan proposant d'exclure temporairement la Grèce de la zone euro.

ELA ou "Emergency liquidity assistance". Derrière cet acronyme un peu barbare se cache les liquidités d'urgence que la Banque centrale européenne (BCE) peut fournir aux banques de la zone euro. Il s'agit d'aider des banques qui, à court terme n'arrivent, pas à trouver de l'argent frais mais restent solvables. Ce qui est censé être le cas des établissements grecs qui ont vu les dépôts des clients fondre comme neige au soleil depuis le début de la crise, et n'ont ainsi plus que le programme d'aide de la BCE pour survivre. Plusieurs fois la BCE a eu l'occasion de couper ce robinet d'urgence. Mais elle a à chaque fois refusé, consciente qu'une telle décision serait de facto revenu à condamner le système financier grec, et pousser ainsi le pays en dehors de la zone euro.

Grimbo. Ce mot combine le préfixe "Gr" pour signifier que l'on parle de la Grèce avec le terme "limbo" qui signifie "limbes", dans le sens où la Grèce resterait dans un état chronique d'incertitude quant à son avenir. Inventée par l'économiste Willem Buiter, économiste en chef de Citigroup, cette solution verrait la Grèce aller d'accord en accord dans un entre-deux qui ne serait ni la sortie de la zone euro, ni son maintien ferme en son sein.

Grexident. Ce vocable ne contracte non plus deux, mais trois mots anglais: "Greece" (Grèce), "exit" (sortie) et "accident". Cette expression désigne une sortie de la Grèce de la zone euro, mais en précise aussi la manière, c’est-à-dire le chaos et l'impréparation.

GrexIn. Par opposition au "Grexit", ce mix des mots "Greece" (Grèce) et "In" (dedans), envisage la possibilité que la Grèce reste bel et bien au sein de la zone euro.

Grexit. Cette contraction des mots anglais "Greece", (Grèce) et "exit" qui veut dire "sortie", a servi à dire la crainte de voir ce pays sortir de la zone euro.

IOU. Cette abréviation fait référence à la phrase "I owe you", dont la traduction veut dire "je vous dois". Il s'agit d'une reconnaissance de dette en euros de l'Etat grec envers ses concitoyens, comme des bons du Trésor mais non assortis d'intérêts, permettant notamment de payer les fonctionnaires au cas où la Banque centrale européenne (BCE) viendrait à fermer les flux monétaires. Cette solution temporaire, "système de monnaie parallèle sur le modèle des IOU californiens", avait été à un moment envisagée par l'ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis.

"OXI" et "Nei". "Non" et "Oui", en grec. Il s'agissait des deux options qu'avaient les électeurs grecs lors du référendum du 5 juillet , lorsqu'ils ont du se prononcer sur le plan d'austérité proposé par les créanciers d'Athènes. La victoire du non ("OXI") a ainsi contribué à populariser le terme dans le monde entier.

MES et FESF. Il s'agit des deux fonds de secours de la zone euro qui ont été créés à la suite de l'éclatement de la crise grecque en 2010. En clair, ces deux dispositifs devaient permettre d'éteindre l'incendie et surtout éviter qu'il se propage à d'autre pays.

Le FESF (Fonds européen de stabilité financière) a ainsi vu le jour en mai 2010. Il emprunté sur les marchés pour prêter pour environ 131 milliards d'euros à la Grèce. Ses emprunts ont été garantis par l'ensemble des pays de la zone euro à hauteur de 440 milliards d'euros. Au FESF a succédé en 2013 un autre dispositif, le MES (Mécanisme européen de stabilité) qui dispose d'une capacité de prêt de 500 milliards d'euros, et d'un capital de 80 milliards d'euros.

#ThisIsACoup. Ce mot dièse ou hashtag qui signifie, "c'est un coup d'Etat", exprime l'indignation exprimée par certains face aux exigences des créanciers, et plus particulièrement de l'Allemagne, envers les Grecs et les réformes prétendument intenables qu'ils ont dû consentir afin de rester dans la zone euro.

Julien Marion et David Namias