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700 milliards... qui ne règlent rien !

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Après l’annonce d’un plan de relance d’envergure de la part du gouvernement américain, l’économiste Philippe Dessertine était sur RMC pour analyser la situation.

700 milliards de dollars : c'est l'ampleur du plan de relance qu'a annoncé le gouvernement américain pour racheter les actifs « pourris » des banques qui sont au bord de la faillite. L'administration américaine, avec l'accord du Congrès, met en effet 700 milliards de dollars sur la table pour enrayer la crise de confiance des marchés financiers. Le gouvernement va ainsi récupérer pendant deux ans les actifs liés à des emprunts hypothécaires, les subprimes, à l'origine de la crise. Une option défendue ce samedi par George Bush et qui pourrait mettre un terme à la semaine folle après le dépôt de bilan de Lehman Brothers. La rumeur de ce plan de relance a déjà produit ses effets puisque dès vendredi les places boursières ont connu un fort rebond (+9,27% pour le CAC 40, record historique).

Quel sera l'effet réel de cette mesure exceptionnelle ? Philippe Dessertine, professeur de finances à l'université Paris X Nanterre, se dit « non seulement très sceptique, mais en plus on est dans quelque chose qui remet en cause très profondément la civilisation américaine. L'idée, c'est un Etat Fédéral qui doit être le plus léger possible, des finances certaines, une dette qui doit pouvoir être remboursée... tout ça ce sont des éléments qui sont fondamentaux aux Etats-Unis. Les 700 milliards, qui se rajoutent aux 200 milliards et aux 80 milliards, c'est presque le PIB de l'Espagne, c'est la moitié du PIB français, c'est un douzième du PIB américain qui serait d'un seul coup dépensé. Les pertes sont toujours à l'intérieur de l'économie, elles se sont simplement déplacées des entreprises privées vers l'Etat ».

L'Etat américain rachetant les subprimes des banques, cela signifie que ce sont les contribuables américains qui vont « payer des sommes astronomiques pour les errements du système économique international », explique Philippe Dessertine. « Le problème, c'est que le contribuable a aussi été favorisé par cette politique aberrante qui a permis pendant un certain nombre d'années de maintenir un pouvoir d'achat au-dessus de ce que pouvaient en réalité dépenser les Etats-Unis ».

Il faut en effet distinguer la crise financière et boursière de la crise de l'économie réelle : « Ce plan permet d'arrêter la crise boursière qui commençait à devenir extrêmement inquiétante, mais ça n'arrête pas la crise financière et ça ne fera probablement rien sur la crise économique. Les pertes de 1 000 milliards, l'économie américaine va bien devoir les assumer, sauf qu'elles ne seront pas réparties sur les entreprises ou sur les banques. Du coup la Bourse remonte, car elle est concentrée sur les entreprises, mais l'appréciation sur l'économie américaine est toujours aussi mauvaise ».

Interrogé sur le fait que tous les spécialistes n'étaient pas forcément de son avis, il a répondu : « On peut avoir une vision artificiellement positive en espérant que la confiance va revenir par cette manière et que tout d'un coup les marchés vont repartir, mais c'est un avis qui dans la réalité des choses et plus particulièrement aux Etats-Unis est très peu partagé. Les différents travaux du Congrès américain qui ont eu lieu ce week-end vont dans ce sens, les spécialistes disent : « Les difficultés sont toujours là, le fait d'avoir fait ce plan de relance ne règle strictement rien, il va falloir maintenant faire face à la crise, faire face à la difficulté économique ».

La rédaction-Bourdin & Co