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Croissance: ces quatre risques qui peuvent changer la donne

Si l'euro augmente de 10% face à toutes les autres monnaies début 2016, le PIB baisserait de 0,6 point

Si l'euro augmente de 10% face à toutes les autres monnaies début 2016, le PIB baisserait de 0,6 point - Philippe Huguen - AFP

Dans un document annexé au projet de loi de Finances pour 2016, l'exécutif envisage quatre événements qui pourraient menacer l'ensemble de ses prévisions. Parmi eux, une flambée du baril de pétrole ou encore des exportations en berne.

Construire un budget n'est pas une mince affaire. Il faut arriver à bâtir des prévisions réalistes et solides. D'où la prudence affichée par l'exécutif pour le millésime 2016, dont le projet de loi est examiné à partir de ce mercredi 7 octobre par les députés en commission.

Dans ce texte, le gouvernement a retenu une croissance de 1,5% pour l'an prochain, un chiffre en apparence assez modeste quand on sait que la Commission européenne, par exemple, anticipe 1,7% et l'institut Coe Rexecode 1,6%.

L'exécutif joue d'autant plus la carte de la prudence qu'il est obligé de construire un scénario avec de nombreux éléments qui peuvent être très incertains. Ainsi, dans un document annexé au projet de loi de Finances pour 2016 et publié ce mercredi 7 octobre, il liste quatre risques qui pourraient menacer l'ensemble de ses prévisions.

> Des exportations en berne

Dans son budget, l'exécutif table sur une "demande mondiale de biens adressée à la France" (en clair: les exportations) en hausse de 5,3% l'an prochain. Un chiffre qui est important sans être délirant. Dans son dernier point de conjoncture, l'Insee tablait sur une forte hausse de cette demande de biens pour 2015, à + 6,5%. L'institut notait ainsi que le commerce en zone euro était très dynamique et tirait ainsi les exportations tricolores.

Il vaudrait toutefois mieux que le gouvernement ne se trompe pas de beaucoup. Car, selon les estimations de Bercy , une baisse durable de 1% de la demande adressée à la France minerait le PIB à hauteur de 0,2 point. A cela s'ajoutent les conséquences sur l'emploi: -9.000 postes la première année. La raison est simple: avec des exportations en berne, les entreprises investiraient moins et embaucheraient moins.

> Une forte hausse de l'euro

A l'heure actuelle, les entreprises françaises et européennes bénéficient d'un taux de change favorable de 1,12 dollar pour un euro. Pour 2016, l'exécutif table sur une parité de 1,10 dollar pour un euro. Il existe néanmoins un scénario catastrophe dans lequel le cours de l'euro augmenterait de 10% face à toutes les autres monnaies au début de 2016.

A ce moment-là, selon les calculs de Bercy, le PIB serait amputé de 0,6 point de croissance et 30.000 emplois seraient détruits. La compétitivité-prix des produits tricolores serait plombée et, en plus, les partenaires européens de la France verraient leur activité minée.

> Une flambée du pétrole

Là encore, il s'agit d'un scénario très pessimiste. Le gouvernement dans son budget a retenu un prix du baril de pétrole à hauteur de 55 dollars sur le Brent. Ce qui semble crédible, vu qu'il est actuellement à 52 dollars. Mais Bercy souligne que "l’évolution du cours du pétrole est entourée d’aléas".

"Une aggravation du conflit au Yémen et un regain des tensions en Ukraine pourraient entraîner une remontée appuyée des cours. Les cours pourraient en outre repartir à la hausse si l’OPEP, lors de sa prochaine réunion en décembre, changeait de stratégie et décidait de réduire ses quotas de production" peut-on notamment lire.

Dans le cas, peu probable, où le baril augmenterait de 20 dollars au début de l'année, le PIB perdrait 0,1 point en 2016 et 3.000 postes serait détruits. La raison: la consommation des ménages serait impactée, en raison d'un prix de l'énergie plus élevé, et les entreprises, elles, verraient leur rentabilité chuter.

> Une hausse des taux d'intérêt

La France a jusqu'ici bénéficié de la clémence du marché pour financer sa dette. On peut néanmoins imaginer que cela ne dure pas éternellement. Et encore une fois, Bercy mentionne un scénario très sévère: les taux d'intérêt de la dette française à court terme augmenteraient de 1%, ce qui est très fort. Et cette hausse durerait deux ans.

Le PIB serait alors, en 2016, amputé de 0,2 point et 10.000 emplois seraient détruits. Bercy explique que cette hausse "handicaperait l’activité en limitant l’investissement des entreprises et la profitabilité du capital, en favorisant l’épargne par rapport à la consommation et en provoquant une appréciation du change".

J.M.