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Covid-19: comment Apteeus a découvert si rapidement un médicament qui pourrait vaincre le virus?

L'institut Pasteur de Lille accueille la biothèque Apteeus, spécialisée dans le repositionnement de médicaments.

L'institut Pasteur de Lille accueille la biothèque Apteeus, spécialisée dans le repositionnement de médicaments. - Denis Charlet

Cette biotech est spécialisée dans le repositionnement de médicaments dans les maladies génétiques rares. Mais face à la pandémie, elle a mis son savoir-faire au service de la lutte contre le Covid et a identifié un médicament qui serait capable de réduire la charge virale des cellules infectées par le virus.

Le développement d’un médicament est un processus long et donc coûteux. Pour passer outre ces barrières, la start-up Apteeus s’est lancée il y a 6 ans sur le repositionnement de médicaments. Il s’agit de voir si, parmi les molécules déjà présentes sur le marché, certaines seraient efficaces sur d’autres pathologies.

"Nous orientons nos recherches sur les maladies rares, plus précisément sur les maladies génétiques. Le nombre de malades offre un trop petit marché pour que ce soit rentable pour les laboratoires", explique Terence Beghyn, docteur en pharmacie et en chimie thérapeuthique et cofondateur d’Apteeus.

En utilisant des médicaments qui ont déjà été testés sur l’Homme, on connaît les doses maximales et les effets secondaires. Les essais cliniques s’en trouvent donc réduits. C’est ainsi que la start-up a pu mettre en place de nouveaux protocoles de soins en moins de 10 mois, contre une dizaine d’années pour le développement complet d’un médicament. L’arrivée de l’épidémie et le confinement a chamboulé leurs projets.

"Nous sommes installés au sein de l’institut pasteur de Lille, nous sommes donc quotidiennement au contact de virologues. C’est en échangeant avec eux que l’on a décidé de voir si on ne pouvait pas mettre notre savoir-faire au service de la lutte contre la Covid", se souvient Terence Beghyn.

Un médicament dont le nom est tenu secret

Apteeus possède une bibliothèque de plus de 2600 médicaments, qui ont été utilisés sur les échantillons de virus cultivés par l’Instituts Pasteur. Les manipulations sont faites grâce aux robots de l’institut, les chercheurs contrôlent ensuite les dégâts que chaque molécule a fait sur des boites de contrôle.

L’un des médicaments est sorti du lot en montrant une efficacité sur le plan antiviral. Il s’annonce prometteur pour réduire la charge virale quand le patient montre les premiers symptômes du coronavirus et ainsi éviter qu’il ne bascule dans une forme grave de la maladie. Sa prise est simple car elle se fait par voie orale.

Son nom est tenu secret, une précaution nécessaire pour sécuriser son approvisionnement et éviter que certains se lancent dans l’automédication.

"C’est un médicament qui est rare, car nous avons été chercher des molécules dans le monde entier. C’est pourquoi nous sommes les seuls à avoir identifié son efficacité sur le coronavirus", souligne le chercheur.

Un brevet a déjà été déposé par Apteeus et l’Institut Pasteur pour ce nouvel usage thérapeutique. Désormais, il faut quitter les éprouvettes et passer aux essais sur l’Homme. Une étape pour laquelle 5 millions d'euros sont nécessaires. L'objectif est de réaliser des essais cliniques d’ici la fin de l’année pour confirmer l’efficacité de ce nouveau traitement. Avec comme étape suivante, le déploiement à grande échelle du traitement auprès des patients dès le début de l’année prochaine.

Coralie Cathelinais Journaliste BFM Éco