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Couche-tard veut toujours racheter Carrefour et fustige les politiques français

Une supérette Couche-Tard à Montréal, au Québec, le 13 janvier 2021

Une supérette Couche-Tard à Montréal, au Québec, le 13 janvier 2021 - Eric THOMAS © 2019 AFP

Dans une interview au Figaro, les deux patrons du distributeur canadien assure vouloir constituer un géant mondial de la distribution et que Carrefour aurait été le pivot de cette stratégie.

La pilule est amère mais les dirigeants de Couche-Tard sont toujours disposés à racheter Carrefour. Les deux dirigeants du distributeur canadien qui ont reçu une fin de non-recevoir de la part du gouvernement se sont confiés au Figaro. Et ils ne sont pas tendres avec la classe politique.

"Les hommes politiques ont parfois du mal à accepter des changements majeurs dans leur pays, estime ainsi Alain Bouchard, le président fondateur de Couche-Tard. Nous avons sous-estimé cela. Nous pensions que le gouvernement français encourageait l’investissement étranger en France et espérons que c’est toujours le cas."

Des dirigeants qui réfutent les arguments mis en avant par Bruno Le Maire pour bloquer l'opération. Le ministre de l'Economie avait en effet estimé que l'opération pouvait mettre en péril la sécurité alimentaire des consommateurs français.

"Notre projet était, au contraire, de renforcer les liens avec les agriculteurs français et les industriels de l’agroalimentaire, assure Brian Hannasch, le directeur général du groupe. Ayant grandi dans une ferme dans le Midwest, je suis conscient de ces préoccupations. Proposer des rayons vides, ne pas soutenir les agriculteurs locaux, ce n’est pas la meilleure façon d’être un bon distributeur! Nous respectons la position du gouvernement, mais nous croyons toujours en ce projet. Si, un jour, la situation politique change, nous sommes prêts à nous réengager."

Et alors que se profile l'élection présidentielle en France, les dirigeants de Couche-Tard vont suivre de près l'agenda politique du pays.

"On ne va pas s’arrêter de regarder les opportunités possibles. 2022, c’est peut-être un peu loin, reconnaît Brian Hannasch. Nous verrons où on en est dans deux ans, et s’il y a une ouverture avant."

En rachetant Carrefour, les deux dirigeants confient qu'ils souhaitaient entrer dans un mouvement de consolidation du secteur. Le distributeur français aurait été leur base européenne pour réaliser de nouvelles acquisitions. Selon eux, la constitution de géants mondiaux du commerce est une nécessité face à la montée en puissance d'Amazon qui bat records sur records.

"Carrefour est sous pression, Couche-Tard est sous pression, assure Alain Bouchard. Nous prenons des initiatives pour y faire face, mais il faut être puissant, avoir les capacités d’investir pour se défendre et gagner. Le jour où Amazon a racheté Whole Foods, les actions des distributeurs ont chuté partout dans le monde, des milliards de dollars se sont évaporés. Pour évoluer dans cet environnement, il faut avoir un plan, et pour mettre en œuvre ce plan, il faut de l’argent. Ceux qui ne sont pas capables d’investir sont en danger."

Et si les patrons de Couche-Tard reconnaissent avoir eu des contacts avec d'autres groupes comme Casino (qui n'est pas vendeur selon eux), c'est Carrefour du fait de son implantation internationale et sa présence sur tous les formats de ventes (e-commerce, proximité, hypermarchés, drive...) qui a les faveurs des Canadiens.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco