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Coronavirus: combien coûtera la campagne de vaccination?

Photo prise le 11 septembre  2020 dans un laboratoire à Anagni, au sud-est de Rome, en lien avec le vaccin-candidat de l'université d'Oxford

Photo prise le 11 septembre 2020 dans un laboratoire à Anagni, au sud-est de Rome, en lien avec le vaccin-candidat de l'université d'Oxford - Vincenzo PINTO © 2019 AFP

Le gouvernement a provisionné 1,5 milliard d'euros pour lancer sa campagne de vaccination en 2021. Un coût dérisoire au regard de celui engendré par l'épidémie depuis le mois de mars.

Pfizer, Moderna… Les récentes annonces des laboratoires américains ont relancé l’espoir d’un vaccin rapide dans la lutte contre l’épidémie de coronavirus. D’ores et déjà, les Etats s’organisent pour être prêts à lancer leur campagne de vaccination dès lors que l’autorisation de mise sur le marché aura été délivrée.

Dans un communiqué paru lundi, le Parti Radical de Gauche (PRG) réclame le non-remboursement des frais de santé de santé pour les anti-vaccins: "Le PRG demande que les personnes non vaccinées ne disposent plus des remboursements de soins inhérents à leur choix et prennent en charge les frais de santé des personnes qu’elles contamineront", suggère la formation politique. Pour son président, Guillaume Lacroix, "la société doit porter le coût des vaccins, pas les dépenses de ceux qui refusent de se protéger et de protéger les autres".

Ce coût qui serait à la charge de l’Etat en cas de vaccination gratuite pour les Français comme le préconise le PRG, est encore difficile à déterminer mais de premières estimations permettent d’en mesurer l’ampleur. S’agissant du vaccin de Pfizer et BioNTech, les Etats-Unis ont réussi à négocier un prix de 19,50 dollars la dose. Compte tenu de la nécessité de procéder à deux injections par patient, cela représente 39 dollars, soit 33 euros environ.

L’Union européenne, qui négocie au nom de la France et des 26 autres Etats membres, tient encore à garder les prix négociés confidentiels. Mais en s’appuyant sur ceux pratiqués outre-Atlantique, l’achat de ce vaccin en France pour 60 à 70% de la population (seuil à partir duquel on estime que la population est immunisée), soit entre 40 et 47 millions d’habitants, coûterait à terme entre 1,3 et 1,5 milliard d’euros. Directeur de la stratégie chez BioNTech, Ryan Richardson a toutefois bien précisé que les prix ne seront pas les mêmes d’une région du globe à l’autre.

1,5 milliard d'euros provisionnés pour 2021

Le vaccin de Moderna devrait être un peu plus cher: entre 25 et 30 dollars la dose aux Etats-Unis, soit 50 à 60 dollars par patient pour une vaccination en deux temps. En France, cela représenterait entre 42 et 50 euros par personne vaccinée, et donc un coût compris entre 1,7 et 2,3 milliards d’euros pour protéger entre 60 et 70% de la population. Notons toutefois que le prix avancé aux Etats-Unis tient compte des subventions de l’Etat. Un responsable européen a fait savoir que la Commission européenne souhaitait tout de même conclure un accord avec Moderna pour la fourniture de millions de doses à un prix unitaire inférieur à 25 dollars (21 euros environ).

De leur côté, les laboratoires Johnson&Johnson et le duo Sanofi-GSK promettent un vaccin plus abordable (10 dollars la dose), tout comme AstraZeneca (4 dollars), grâce à des méthodes immunologiques plus courantes.

Rappelons qu’il ne s’agit ici que d’estimations qui ne prennent par ailleurs pas en compte les autres dépenses inhérentes à la préparation d'une campagne de vaccination, comme l’achat annoncé récemment de 50 super-congélateurs pour conserver le produit. Plus globalement, l’exécutif doit prévoir un budget pour organiser la logistique et la rémunération des personnels qui distribueront et inoculeront le vaccin. Au total, 1,5 milliard d’euros ont été provisionnés sur l’année 2021 par le gouvernement pour lancer la campagne de vaccination.

Coût de la crise estimé à 186 milliards d’euros

Le coût d’une campagne de vaccination sera bien entendu largement inférieur au coût de la crise depuis le mois de mars. Fin septembre, l’assurance maladie disait avoir déjà dépensé 15 milliards d’euros pour répondre à l’épidémie. En retirant les 4 milliards d’euros économisés en raison d’une sous-consommation de soins pendant le premier confinement ainsi que le milliard d’euros de contribution des organismes complémentaires, le coût net de l’épidémie est estimé à 10 milliards d’euros.

Ces dépenses supplémentaires ont permis l’achat d’équipements pour les hôpitaux (masques, tenue de protection, molécules utilisées en réanimations, respirateurs, etc…) et la prise en charge des patients dans les services submergés de soins intensifs et réanimation (une journée en réanimation coûte environ 3000 euros). A cela s’ajoute les autres investissements nécessaires dans les hôpitaux et établissements médico-sociaux (réorganisation des soins et recrutement). Sans oublier les primes pour les soignants et les dépenses qui ont financé la prise en charge exceptionnelle par l’assurance maladie des arrêts de travail pour gardes d’enfants ainsi que les arrêts des personnes identifiées comme cas contact.

Au-delà des dépenses de santé, la facture de la crise sanitaire a été alourdie par les mesures d’urgence économique (34 milliards d’euros budgétés pour le chômage partiel, 19,4 milliards au titre du fonds de solidarité, 8,2 milliards d’exonérations de cotisations sociales, etc.). Dans le même temps, les recettes de l’État ont fondu de 100 milliards d’euros. Le coût total de l’épidémie pour les finances publiques est ainsi estimé à 186 milliards d’euros.

Paul Louis